SCOOP TOUJOURS

La Terre est plate! Oui, puisque que je vous le dis!

Avec l’arrivée des «faits alternatifs», le mensonge devient une opinion comme une autre et «1984», le roman d’Orwell, se hisse en tête des ventes. Même François Fillon, en traitant «Le Canard enchaîné» de «misogyne», fait du détournement de sens

Pour défendre Sean Spicer, porte-parole de Donald Trump, qui avait assuré, contre toute évidence, que l’audience de l’investiture du nouveau président avait été la plus suivie de tous les temps, la conseillère à la Maison-Blanche, Kellyanne Conway, a inventé un concept: les faits alternatifs. Autrement dit, la possibilité de considérer le mensonge comme un point de vue, une opinion, un légitime contre-pouvoir.

Mais la vérité n’est pas une option parmi d’autres, elle est le produit de faits convergents, de preuves rapportées ou, tout au moins, le fruit d’une longue recherche de consensus. La vérité est un résultat; elle ne saurait être un postulat.

Le retour de George Orwell

A ce rythme, dans quinze jours, on décrétera que la Terre est plate, et que ceux qui prétendent le contraire sont des idéologues de la pensée unique. On n’est pas très loin du fameux «Ministère de la vérité» de «1984», le roman de George Orwell, revenu en tête des best-sellers depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump.

Le #penelopegate

Autre exemple d’abus de langage, la réaction de François Fillon après les révélations du «Canard enchaîné» affirmant que sa femme, Penelope, a été rémunérée à hauteur de 500 000 euros brut en huit ans comme attachée parlementaire par son mari, puis par son suppléant. L’affaire porte moins sur le népotisme – légal – que sur l’emploi fictif. Le parquet national financier vient d’ouvrir une enquête

Quelle a été la réponse de Fillon à ce qu’il a appelé «une boule puante»? Selon la logique de «c’est celui qui dit qui l’est», il s’est dit scandalisé par l’attitude misogyne de l’hebdomadaire satirique. «Imaginez un instant qu’un homme politique dise d’une femme, comme le fait cet article, qu’elle ne sait faire que des confitures, toutes les féministes hurleraient.» J’ai lu «Le Canard», il n’est pas question de confiture, sauf à se faire prendre la main dans le pot.

Absurde et pervers

L’emploi du mot «misogyne» par un homme qui appartient à un parti qui préfère payer des amendes salées plutôt que d’appliquer la parité aux législatives est non seulement inapproprié, il est aussi absurde et pervers.

Absurde comme l’est l’histoire de cette conductrice arrêtée pour excès de vitesse, et qui hurle à la misogynie, en accusant la police de vouloir lui interdire de conduire. Ce n’est pas l’épouse que l’hebdomadaire épingle mais l’emploi fictif, et l’hypocrisie d’un candidat qui s’érige en modèle de vertu.

Pervers, car le favori de la présidentielle s’empare d’une violence faite aux femmes, non pas pour la combattre, mais pour sauver son image et son élection en mai prochain. Quel enfumage! On connaît les détournements de fonds. Il est temps de s’attaquer aux détournements de sens.

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