Opinion

Le terrorisme au cœur du prochain exercice de sécurité national

OPINION. En novembre prochain se déroulera l’exercice du Réseau national de sécurité 2019 (ERNS 2019). Son but est d’entraîner la collaboration entre les différentes forces de sécurité dans un contexte de terrorisme très tendu. Depuis plus d’une année, de nombreux organes fédéraux et cantonaux planchent sur le scénario, écrivent Hans-Jürg Käser et Bernhard Wigger

Des exercices de sécurité de défense générale et de grande ampleur ont régulièrement été organisés par le passé à l’échelon national. Avec la fin de la guerre froide, la fréquence de ces exercices a diminué. Tant le rapport sur la politique de sécurité 2010 que celui de 2016 demandaient que la Suisse effectue de nouveau régulièrement de grands exercices faisant interagir Confédération et cantons dans le cadre du concept de Réseau national de sécurité (ERNS). Ces deux rapports suggéraient également de tester la résilience du système global dans un environnement de sécurité en constante mutation et d’améliorer la gestion des crises en tirant les leçons de ces exercices. Dont acte: des ERNS, planifiés et organisés en commun par la Confédération et les cantons, ont donc été proposés. Le premier a eu lieu en 2014; le scénario portait sur une pénurie d’électricité et une pandémie survenues conjointement.

L’ERNS 19 s’attaque à une menace actuelle qui, déjà dans sa phase préparatoire, suscite un vif intérêt chez les différents acteurs de la sécurité participant à l’exercice. Il faut dire que le thème de l’exercice – le terrorisme – compte depuis un certain temps déjà parmi les menaces les plus graves, même pour la Suisse. Cet exercice devra notamment vérifier et documenter dans quelle mesure notre pays peut faire face à une menace terroriste durable et quels sont les aspects critiques dont il faut tenir compte en pareille situation.

Scénario d’une prise d’otages

La direction du projet a donc développé un scénario réaliste en collaboration avec le Service de renseignement de la Confédération. Dans le scénario de l’ERNS 19, les autorités suisses se retrouvent dans le viseur d’une organisation terroriste fictive en raison de l’arrestation de 3 terroristes à la suite d'une prise d’otages sanglantes perpétrée au siège genevois de l’ONU en novembre 2017. Ainsi, il se fonde en premier lieu sur des méthodes connues d’attaques terroristes. Toutefois, les exercices doivent aussi permettre de s’armer pour l’avenir. Il est tout à fait concevable que, dans le futur, les attaques terroristes en entraîneront d’autres en cascade, coordonnées entre elles, et que cette menace persistera.

Dans ce scénario, les autorités suisses se retrouvent dans le viseur d’une organisation terroriste fictive en raison de l’arrestation de 3 terroristes

Celles perpétrées à Bombay en 2008 et à Paris en 2015 étaient concrètement cette hypothèse. Il est tout aussi probable que les terroristes utiliseront des substances radiologiques, biologiques ou chimiques, renforçant ainsi considérablement l’effet de leurs attaques, les rendant de facto plus difficiles à maîtriser. Le terrorisme est un phénomène dynamique en constante mutation. C’est pourquoi le scénario de l’ERNS 19 comprend 3 niveaux d’escalade de la menace. Il s’agit premièrement d’une menace au travers de propagande et de chantage politique, puis d’attaques envers des infrastructures critiques, et finalement d’attentats sanglants contre des rassemblements de foule.

Durant l’automne 2017, les partenaires de la protection de la population, de la police et de l’armée ont exprimé à la direction de l’exercice le souhait de pouvoir se pencher sans attendre sur le scénario. Cela a permis de développer le concept de l’ERNS 19 et de faire évoluer la situation avant la tenue de cet exercice.

Un test de résistance global

Les participants doivent régulièrement analyser la menace et évaluer les conséquences pour leur propre organisation, en ne perdant jamais de vue le besoin de coordination et d’harmonisation avec les organisations partenaires du Réseau national de sécurité et des cantons. La dynamique de ce dialogue se propage jusqu’aux instances politiques, régulièrement consultées par les participants.

L’exercice-cadre d’état-major de novembre 2019 viendra clore ce concept d’exercice. Il a pour objectif de tester la gestion de la crise dans l’urgence. Quelque 75 organisations se sont inscrites pour y participer: états-majors, services fédéraux, cantons, et même quelques villes.

Le travail intensif sur le scénario d’une menace terroriste croissante permet d’identifier les aspects critiques d’une situation terroriste extrême et persistante. Il est ainsi possible de remédier en continu aux frictions et problèmes de coordination. Les discussions et initiatives pour une collaboration bien huilée entre la Confédération et les cantons et entre la police, la protection de la population et l’armée ont produit de précieux résultats, et ce dès la phase de préparation. L’ERNS 19 est donc bien plus qu’un exercice traditionnel. C’est un projet de politique de sécurité commun à la Confédération et aux cantons, qui renforce la cohésion de la défense nationale contre le terrorisme.


A propos d'un exercice valaisan: Le mal nécessaire des simulations d’attaques terroristes

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