Retrouvez tous nos articles sur le procès géant des attentats du 13 novembre 2015 dans notre dossier: 13-Novembre: la terreur face à la justice.

Et si le procès des attentats du 13 novembre 2015 s’était tenu à huis clos, loin des caméras et des micros, préservé de l’agitation médiatique? Aussi discutable soit-elle, cette question mérite d’être posée après les deux premiers jours d’audience, à Paris, de la Cour d’assises spéciale qui prononcera son jugement à la fin de mai 2022.

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N’est-il pas risqué par exemple, dans une France que la campagne présidentielle va rendre incandescente – une fois de plus – sur les sujets de l’islam et de la menace terroriste, de bloquer le centre de la capitale pour amener chaque matin, depuis leurs prisons, les 14 accusés présents (six sont absents, présumés morts ou disparus)?

Un procès qui pèsera lourd

Cette question, peu en France osent la poser. Logique. Nous l’avons nous-même écrit dans un éditorial du Temps: face au terrorisme, la justice est notre devoir commun. Reste une réalité, palpable durant ces premières 48 heures: ce procès historique, avec dans le box des accusés l’un des survivants des commandos, pèsera lourd sur l’atmosphère politique de ces prochaines semaines.

Déjà, les déclarations provocantes de Salah Abdeslam alimentent le débat sur ses conditions d’incarcération depuis son arrestation le 18 mars 2016, sur leur coût et sur ses «droits d’être humain traité comme un chien depuis six ans» pour reprendre ses mots. Or demain, à coup sûr, d’autres sujets explosifs s’inviteront à la barre: l’islam radical, la taqiya (dissimulation) pratiquée avec succès par les accusés pour échapper aux policiers avant les attentats. Mais aussi, les erreurs des forces de l’ordre, leur intervention le 13 novembre, les responsabilités gouvernementales.

Grand déballage

Devant ce grand déballage, que les magistrats français encadreront avec toute la rigueur du droit, les médias ont une responsabilité. Le pire serait qu’ils deviennent, sous prétexte d’informer, une caisse de résonance et un amplificateur à polémiques. Le pari de ce procès fleuve est aussi celui de la responsabilité collective. A nous tous, observateurs de ce grand moment pour la justice et pour la France, de nous montrer à la hauteur.


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