Les crimes de Berlin et d’Ankara ont été suivis, presque en direct, par-devant des millions de téléspectateurs et d’abonnés aux réseaux sociaux, tous sidérés. L’horreur se répète presque à l’identique de ce qui a eu lieu à Nice en juillet dernier. Face à ce nouvel attentat, même si la piste terroriste n’est pas confirmée, la répétition anesthésie le choc sans amoindrir le dégoût. Ce dernier augmente même.

On disait: «Surtout ne pas céder à la peur, ni à la haine ou aux réactions dictées par l’émotion». Mais on a rabâché ce message à l’envi et sans écho. «Ne pas faire le jeu des terroristes, qui n’attendent que ça!» Mais ces derniers n’ont-ils pas déjà gagné? Comment prétendre le contraire?

La sécurité, principal fond de commerce politique

Les discours sécuritaires et identitaires se sont imposés dans les agendas politiques. Ce qui n’était avant que l’apanage de quelques partis infréquentables est désormais au programme de la plupart des partis gouvernementaux. Sous prétexte de parler aux citoyens de ce qui les concerne vraiment, les politiciens ont fait de la sécurité, des dangers de l’immigration et du terrorisme leur principal fonds de commerce. A l’évidence, les discours populistes et ceux de l’extrême droite se nourrissent des actes sanguinaires commis au nom d’un islam dévoyé. En miroir, les commanditaires de l’État islamique et des autres groupes criminels qui prêchent un djihad mondial puisent dans l’islamophobie et la xénophobie les justifications erronées de leurs actes scandaleux.

La contre-vérité de Donald Trump

La réaction du président élu Donald Trump à l’issue des funestes violences d’hier illustre cette dérive. Il réunit dans un amalgame douteux les crimes d’Ankara, de Berlin et de Zurich, qui n’ont en commun que de s’être produit le même jour, pour appeler à une réaction de l’occident face aux djihadistes: «Le monde civilisé doit changer sa façon de penser!» Il avait préalablement précisé sa pensée avec une contre-vérité: «Les terroristes islamistes attaquent continuellement les chrétiens».

A Ankara, l’assassin était, selon ses déclarations, directement motivé par la tragédie d’Alep et le rôle qu’y joue la Russie. Son acte est, il va sans dire, injustifiable, mais rien ne permet d’y voir une barbarie anti-chrétienne. A Zurich, le tueur, qui pourrait être musulman, s’en est pris à des coreligionnaires. Quant à Berlin, les premières hypothèses évoquent une piste djihadiste, mais cette dernière reste à confirmer. Il y a deux options face au désastre: utiliser le prétexte terroriste pour justifier une chimérique guerre de civilisation, ou garder la raison.


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