Le contraste est saisissant. D’un côté, les manifestations contre les mesures sanitaires se succèdent aux quatre coins de la Suisse et le peuple est à nouveau appelé à se prononcer, le 28 novembre, sur un référendum qui combat l’instauration d’un certificat covid au nom de la liberté et de l’égalité de traitement. De l’autre, un geste aussi violent que le test de dépistage sous contrainte policière pour les étrangers en instance de renvoi ou d’expulsion est avalisé par le parlement sans susciter de grande émotion. Notre tolérance face aux atteintes aux droits est décidément à géométrie variable. Et la population vulnérable des migrants en situation irrégulière n’occupe, à l’évidence, pas une place de choix dans l’échelle de nos indignations.

Lire aussi: L’histoire d’Aziz et la perspective d’un dépistage forcé du covid

Ce constat posé, il faut bien admettre que la pandémie a engendré d’importantes difficultés pour les autorités chargées de faire partir les plus récalcitrants des requérants d’asile déboutés ou des délinquants frappés d’une expulsion judiciaire. Il y a eu une première période de gel total, puis une vingtaine de vols spéciaux (soit environ moitié moins qu’en 2019) ont transporté 98 personnes en 2020. La reprise du trafic aérien n’a pas résolu le problème puisque la plupart des Etats d’origine ou de provenance et la majorité des Etats Dublin exigent un test Covid-19 négatif pour réadmettre les personnes renvoyées par la Suisse. De même que les compagnies aériennes lorsqu’il s’agit d’un vol de ligne.

Lire également: La loi Covid-19 ne se limite pas au certificat

Selon les chiffres du Secrétariat d’Etat aux migrations, les étrangers tenus de partir refusent de plus en plus souvent le dépistage requis, dans le but d’empêcher l’exécution du renvoi. Entre le 1er janvier et le 31 août 2021, ils ont été 126 à s’y opposer dans les centres fédéraux pour requérants d’asile. C’est compter sans les cas enregistrés dans les cantons. Pour endiguer ce grippage de la machine à départ, le législateur a donc inscrit l’obligation, pour toute personne relevant du domaine des étrangers ou de l’asile, de se soumettre à un test Covid-19 et la possibilité de l’effectuer sous contrainte policière.

Cette nouveauté – seule l’Allemagne dispose actuellement d’une base légale allant dans ce sens – est loin d’être anodine. Le principe même d’une coercition en matière médicale ainsi que les risques encourus sont très problématiques. Un «mode d’emploi» de dix pages illustre bien les difficultés de l’exercice. L’intérêt public à l’exécution des renvois peut-il justifier une telle atteinte aux droits fondamentaux? Sachant que cette pandémie aura une fin, et qu’avec elle disparaîtra la tactique du refus du test, la réponse est plutôt non.