Cette histoire serait passée inaperçue comme une anecdote stupide et insignifiante. Mais parce qu’elle arrive en pleine période de controverses liées à l’islam, elle soulève un tollé. Comme dans l’affaire de l’interdiction du burkini en France, elle crée passion et haine chez les Musulmans. Il s’agit d’une provocation dont on se serait bien passé, mais voilà, l’imbécillité n’a pas de limites.

Gyorgy Schopflin, eurodéputé hongrois, s’est permis de suggérer que des têtes de cochons accrochées aux points de passages le long de la frontière hongroise pourraient dissuader les réfugiés musulmans de demander l’asile dans son pays. Ce n’est pas une plaisanterie; l’ancien employé de la BBC n’ignore pas que le porc est «haram» selon les croyances musulmanes.

La Hongrie est l’un des pays d’Europe les plus opposés à l’accueil des réfugiés. Les autorités ont aménagé une barrière surmontée de fil barbelé et stationné des milliers de militaires à sa frontière sud afin d’empêcher le flux migratoire. Le gouvernement invite même les Hongrois à rejeter la politique d’asile européenne via un référendum prévu le 2 octobre prochain.

Insultes et violences

Le terrorisme et la radicalisation de jeunes musulmans nés en France ont mis la tolérance des Européens à rude épreuve. Sous l’impulsion de formations politiques extrémistes qui ont le vent en poupe, de larges pans de la population n’hésitent plus à exprimer leur exaspération à l’égard des musulmans qui, tout de même, comptent pour 6% de la population globale en Europe.

Les propos blessants du député hongrois ne sont pas un acte islamophobe isolé. Des croix peintes en rouge sur une mosquée, du jambon et du lard déposés devant la porte d’un lieu de prière, boucherie taguée à la croix gammée, vitrines de commerçants musulmans brisées, insultes et violences verbales et propos diffamatoires sur les réseaux sociaux se multiplient.

C’est un phénomène qui gagne de l’ampleur et qui risque de devenir incontrôlable. D’autant plus que des hommes politiques, voire des hommes d’Etat n’hésitent pas à jeter de l’huile sur le feu. En Hongrie, Gyorgy Schopflin appartient à la même famille politique que le premier ministre Viktor Orban réputé pour son verbe antiréfugiés. En France, partant du principe que les odieux attentats terroristes islamistes justifient tout, deux candidats à la présidence alimentent allègrement la haine dans le but mesquin de glaner des votes.

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