Comme en France avant l'élection présidentielle, à une année des élections fédérales, l'insécurité gagne du terrain dans les médias en Suisse romande.

L'Hebdo consacre ainsi un dossier aux bagarres de rue entre jeunes, subsidiairement au manque de respect envers l'autorité. Le juge fribourgeois Michel Lachat déclare en conclusion: «Il y a vingt ans, les jeunes faisaient dans leur culotte devant moi. Aujourd'hui, une minorité ne craint plus rien. Je me suis fait cracher dessus…» Diantre, comme dans les préaux d'école, il ne fait pas bon vieillir dans la magistrature.

A Genève, un Français de 27 ans a menacé de se jeter du dernier étage de l'Hôtel Moderne. Malgré l'intervention d'un négociateur, il a campé sur sa position, raconte Le Matin: «Refusant de monter à bord de la nacelle ou de regagner l'intérieur de l'hôtel, il prenait des postures périlleuses, alternées avec de nerveux va-et-vient.» C'est fou ce qu'on peut être agité quand on veut se jeter dans le vide.

La délinquance, donc, gangrène la société. Le Tribunal de l'Est vaudois a jugé mardi un jeune homme de 27 ans, qui n'en a pas fait une de bonne depuis au moins dix ans. Peut-être une quand même. Selon La Presse, il a volé une voiture à Corsier, il a fait un bout de chemin avec, l'a pliée et abandonnée: «Il a effectué cette course alors qu'il n'était pas titulaire d'un permis de conduire et que ses deux jambes étaient plâtrées suite à des fractures qu'il s'était faites aux deux jambes.» Heureusement qu'il n'en avait pas une troisième! La justice est bien dure. Conduire avec les deux jambes dans le plâtre mériterait une petite réduction de peine.

Lors du match entre le FC Bâle et le FC Lucerne, des hooligans bâlois ont attaqué «avec des barres de fer et des pierres», a indiqué la police. A Bulle, selon un témoin cité par Le Matin, une bataille de rue a opposé des skinheads à un groupe hétéroclite. Certains «armés de bâtons, de baïonnettes, de barres de fer, de cannes de hockey et même un couteau de chasse». Et il ne s'est rien passé, pas le moindre blessé.

Dans 24 heures, cette brève: «Malaise, en fin de soirée à l'avenue d'Echallens. Une croix satanique a été découverte vers 23 heures sur la porte d'une maison. Elle a été tracée à la peinture, avec également une inscription: Satan. La police est intervenue. Une enquête a été ouverte, mais on ignore les éventuels motifs de cet acte.» Peut-être un excès de christianisme.

Autre chose dans Le Matin. Des jeunes joueraient à se faire peur avec les trains directs à La Tour-de-Peilz. La prévention n'a pas marché: «On place par exemple un fémur de bœuf entre deux tampons de wagons. Ça fait réfléchir les jeunes, l'instant d'après, c'est souvent oublié. L'impact de ces campagnes reste donc très aléatoire.» Sauf sur les bœufs, et encore.

En ce moment, parmi les notables délinquants, on trouve l'ambassadeur Peter Friederich. L'Illustré lui consacre un reportage. Rarement on aura vu quelqu'un d'aussi souriant et détendu comme sur une publicité Vögele. Il dit notamment: «Sur le plan humain, certains détenus sont beaucoup plus intéressants que certaines personnes que j'ai pu rencontrer lors des mondanités qui ont jalonné ma vie.» Au Département des affaires étrangères, on doit être soulagé, il s'est senti mieux là que dans les ambassades.

Le Valais semble être le seul canton romand à ne pas être touché par ces formes de délinquance. Mais il doit affronter le retour d'un nouveau prédateur: le vautour moine. L'aspect religieux de sa noble tonsure devrait rassurer la population.

«Un jeune homme ambitieux qui menait une existence exemplaire, sans alcool, ni cigarette et ne jurant que par une nourriture saine.» Le cas à Berne du «tueur de minuit», Mischa Ebner, peut réduire à néant des années de prévention. Le coupable était parfait, le crime ne l'était pas.

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