– La femme et la voiture, sujet sans fin. Dans Le Matin dimanche, la première éclipse la seconde pour la Journée de la femme, qui tombait le samedi du Salon de l'auto. Le responsable d'une marque italienne, comme par hasard, relève: «Pour apprécier une voiture, il faut une femme à côté. Nous, les hommes, on a tous un rêve: la plus belle voiture et la plus belle femme du monde.» Une fois pour toutes, c'est dit.

– Dans le même journal, le point de vue de la profession: «Cela ne me fait rien, nuance un mannequin aux yeux bleus, debout depuis des heures. Je joue le jeu, les gens sont souvent aimables et je gagne beaucoup d'argent. La seule chose qui me gêne un peu, c'est de servir d'appât…» Mais l'appât n'est jamais mangé, la voiture souvent vendue et rendez-vous à l'année prochaine.

– En voiture ou à voile, la problématique est similaire. Dans Le Courrier, l'éditorial de lundi déplore le côté masculin de la grande victoire: «Le mâle Team Alinghi fait figure d'anti-journée féministe. […] Adieu égalité et parité. Pour constituer une équipe gagnante, qu'on donne en exemple au pays entier, il ne faut pas de femmes.» C'est vrai, mais notons que dans les éditoriaux de la presse romande, les femmes tiennent rarement la plume.

– Le même journal interroge ainsi Sylvie Durrer, chercheuse en linguistique de l'Université de Lausanne, qui analyse la représentation des femmes dans les médias romands. Il y a du sexisme dans l'air: «Pendant l'élection au Conseil fédéral, Jean Studer a été comparé à Flaubert, grande figure littéraire, alors que Micheline Calmy-Rey était Cruella, dans le registre de la caricature et du dessin animé pour enfants. […] Si on évoque les costumes de Calmy, il faut aussi parler de la bedaine de Studer.» Cela n'a pas été nécessaire.

– Les voitures, la voile, les médias et la mode. La Presse parle de la mode d'été 2003, sous le titre évocateur de «Belles de jour»: «Impériales, somptueuses, parées de la force tranquille d'un glamour assuré et d'une sensualité féline, telles sont les belles de jour revisitées par Jacques Dessange. Crinière de lionne portée en trophée, boucles entrelacées en un pêle-mêle sophistiqué, mèches voluptueuses gorgées de blond savane, c'est toute l'aura d'une féminité d'été.» Féline, lionne, savane, ne manque plus que le dompteur.

– La séduction, cependant, reste un art difficile. Ainsi, Le Matin a livré en avant-première quelques bonnes phrases du livre de Thomas Borer qui sort la semaine prochaine, notamment celles qui ressortent de sa rencontre avec Shawne Fielding dans une soirée: «A un moment, la femme a secoué sa chevelure blonde et s'est tournée dans ma direction. Nos regards se sont croisés, et j'ai éprouvé la même sensation que si deux wagons marchandises m'étaient passés sur le corps.» Quel talent! Il aurait pu évoquer deux wagons «1re classe», mais il a préféré «marchandises». Tout simplement parce que c'est plus lourd.

– De son côté, Le Nouvelliste évoque un livre d'Irène Frain, intitulé «Les Hommes, etc.», 563 pages, aux Editions Fayard, roman didactique sur la guerre des sexes sur fond de compétition économique: «Il y a peu de femmes, dit-elle, qui réussissent à établir un équilibre affectif. Quand elles y arrivent, c'est généralement qu'elles ont un conjoint qui n'est pas dans l'univers de la performance, dans la sphère du pouvoir et qui n'est pas dans le monde marchand.» Et si en plus il est un peu moche, les noces d'or sont garanties.

– Enfin, la Tribune de Genève se fait l'écho d'un procès pour harcèlement sexuel. C'est un juriste de 40 ans accusé d'avoir importuné successivement trois femmes, notamment par téléphone. Dans ce cas, «le Code précise que l'importun est punissable s'il agit par méchanceté ou espièglerie. […] Selon la jurisprudence, l'espièglerie est le fait d'agir par bravade ou sans scrupule dans le but de satisfaire un caprice momentané. Et, si causer de tels désagréments procure de la satisfaction, c'est de la méchanceté.» Heureusement que l'accusé a fait du droit, il connaît la nuance.

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