Sauvons l'honneur. Au championnat du monde de bob à Saint-Moritz, «Christian Reich a sauvé l'honneur de la Suisse en obtenant une médaille de bronze.» Au CSI de Zurich en hippisme, «Beat Mändli a sauvé l'honneur de la Suisse en obtenant une troisième place.» Au championnat du monde de ski alpin de Sankt Anton, «en se hissant à la troisième place, Paul Accola sauve l'honneur de la Suisse». Ainsi, l'honneur de la Suisse a au moins été sauvé trois fois cette semaine.

Mais avant de sauver notre honneur, il faut d'abord penser à sauver le secret bancaire. Il semble que le futur directeur de l'Association suisse des banquiers, Urs Roth, n'est pas tombé de la dernière pluie. Il fait remarquer au sujet des exigences de l'Union européenne: «Ces pays s'intéressent beaucoup moins à une juste taxation des revenus de l'épargne, qu'à la possibilité d'obtenir ou de se créer des avantages concurrentiels.» Voilà qui est clair, ils veulent nous piquer des clients, dont l'argent n'a pas plus d'odeur ici qu'ailleurs. L'honneur n'accepte pas ce genre d'intention.

En Valais, c'est l'honneur des femmes qui est en jeu. L'ex-radicale Cilette Cretton entend bien le sauver dans une élection au Conseil d'Etat qui s'annonce comme un tour de passe-passe. Dans la Tribune de Genève, elle dit: «En politique les femmes ont un gros défaut: elles sont loyales. Cette loyauté envers leur parti se retourne souvent contre elles et les décourage.» Ce serait donc la déloyauté qui porte les hommes au pouvoir. Elle a choisi de ne pas être loyale envers son parti, et c'est peut-être tout à son honneur.

Le correspondant du Matin en Valais veut, lui, sauver l'honneur de la justice. Après la révocation du juge d'instruction Jean-Luc Addor à Sion, il écrit: «Tant pis si seuls les voleurs de pommes ou de bicyclettes iront encore en prison. La mise à mort du juge Addor, au terme d'une sale cabale, nous fait craindre que la justice à deux vitesses ait marqué un point.» Pas vraiment, c'est surtout la presse à deux vitesses qui en a perdu un.

Expo.02 n'a pas sauvé l'honneur de la Suisse, pas encore, mais elle a sauvé un 38e projet d'exposition, très gentiment nommé Le Jardin de la violence. C'est un «thème essentiel pour l'expo» selon les propos du jardinier-chef Martin Heller. L'ATS ajoute, la fleur au fusil: Le Jardin de la violence sera un lieu de divergences et d'oppositions de toute nature, qui mettra en lumière les différentes formes de violence.»

«La classe politique protège les intérêts du capital.» Voilà un titre cinglant du Courrier après les manifestations policières qui ont entouré le Forum de Davos. Pas besoin d'expo: «Je suivais un camion d'animation sonore, écrit un témoin des heurts de Zurich, qui n'a pas pu poursuivre sa route car attaqué par un camion à eau et les bombes lacrymogènes de la police. Trois minutes après, la police nous chargeait avec des balles en caoutchouc et des dizaines de bombes lacrymogènes.» Voilà l'idée pour Le Jardin des larmes.

Le Parti de la Liberté exige, lui, des mesures du Conseil fédéral contre les manifestants: «Les actes de violence de certains étrangers et extrémistes de gauche créent le chaos en Suisse», écrit-il dans un communiqué. Et voilà encore une autre idée, Le Jardin du chaos.

«Malheureusement, les politiciens et les médias ne disent jamais la vérité», pouvait-on lire cette semaine dans une lettre de lecteur de La Presse. Eh bien ce ne sera jamais le cas ici. Juré sur l'honneur. Comme est venu dire un syndicaliste, dont les propos sont rapportés par L'Evénement syndical: «La discussion sur le thème pour ou contre la globalisation n'a aujourd'hui pas plus de sens que de savoir si, au XIXe siècle, il fallait être pour ou contre la révolution industrielle. [...] Notre tâche n'est pas de nous opposer à la globalisation, mais de nous l'approprier.» Voilà un nouvel enjeu: choisir par qui l'on veut être globalisé. Histoire de sauver l'honneur.

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