Et si la gifle reçue par Emmanuel Macron témoignait d’un dérapage fatal des mœurs politiques françaises? La théorie, distillée par les médias et les chaînes d’information continue tout au long de la journée de mardi, est maintenant presque considérée comme une évidence. Haro, côté pile, contre ces extrémistes infiltrés, chauffés à blanc par le complotisme, dont le seul but est de s’en prendre avec violence aux symboles de l’Etat. Haro, côté face, contre ce président de la République qui, à force de contorsions médiatiques et de remarques douteuses sur le travail si facile à trouver «de l’autre côté de la rue», a dégradé la fonction et attisé la colère de ses concitoyens. Le constat est a priori sans appel: prise dans une spirale d’irrespect et d’incivilités, la France politique est devenue, pour ses dirigeants pourtant élus, une sorte de guet-apens permanent.

Cette inquiétude est légitime. Elle alimentait, ce mercredi, notre analyse sur un pays à bout de nerfs, pris dans l’étau tendu par Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen et… Emmanuel Macron. Sauf qu’un autre élément, plus inquiétant, rend ce tableau encore plus sombre: le désespoir ambiant et la délégitimation du pouvoir, devenus les moteurs du pire dans cette République secouée depuis toujours par la tentation récurrente de la violence.