Que voulait-il dire? Son premier tweet pour accréditer la thèse d’un complot remonte au mois de mai 2020: «Ils veulent truquer les élections.» L’accusation est répétée meeting après meeting. En juillet, il écrit: «Ils veulent voler l’élection.» L’accusation tourne en boucle sur les réseaux sociaux. En septembre, il annonce: «Le système de vote est défaillant.» Avec lui, les foules scandent ce refrain. Le jour du vote, avant la fermeture des bureaux, il déclare: «J’ai gagné!» Mais il fait déjà nuit. Lorsque le retard de voix se précise, les jours suivants, il appelle à stopper le dépouillement des bulletins: «Ces votes ne sont pas valables.» Et ses supporters menacent les scrutateurs. Lorsqu’un Etat clé vire à l’avantage de l’adversaire, il dépose un recours, puis deux, puis trois. Il ne peut pas perdre. Sa défaite une fois actée par la commission électorale, il refuse de reconnaître le résultat. Comme lui, ses électeurs sont fâchés. C’était «truqué», c’était «volé», le système leur «ment»: «Trump a gagné!» Le jour, enfin, où le Congrès des Etats-Unis doit valider l’élection, le 6 janvier 2021, il mobilise ses plus fidèles, les appelle à «aller au Capitole», à se «battre comme des diables» pour empêcher «le plus grand vol électoral de l’histoire». Et la foule, qui comprend, marche sur le Capitole pour mettre la main sur Mike Pence, «le traître», et régler son compte à Nancy Pelosi désignée comme l’ennemie. Bilan: cinq morts. Mais les députés voteront.

Il a été entendu

Pour se faire réélire, Donald Trump aura exploré toutes les voies pouvant court-circuiter le processus démocratique. L’armée, qu’il voulait à son service, est la première à résister. Son chef répond que sa loyauté va à la Constitution. La justice, qu’il voulait mettre aux ordres, suit son cours, récusant les accusations de fraudes. Le système fédéral, qu’il voulait briser en intimidant un gouverneur afin d’inverser les résultats, tient bon. Le Parti républicain, qu’il a soumis au chantage, louvoie, mais il ne peut pas se mettre hors-la-loi alors même qu’il contrôle le pouvoir. Ayant échoué dans toutes ses tentatives d’abattre les institutions, le Commandant en chef a fait appel à des «gens très spéciaux» pour défendre «leur patrie». Et la meute a fondu sur le Congrès, mal défendu, où tout aurait vraiment pu basculer, comme en témoignent les images et les vidéos qui s’accumulent. Si ce n’était pas un coup d’Etat, c’était bien un assaut ordonné par le président sur le parlement. Il a été entendu.