Editorial

Thérapie alimentaire

Un sandwich au salami lors d’une balade. Une planchette de viande séchée à l’apéro. Une saucisse de veau à la foire saint-galloise de l’Olma. Et un cancer du côlon en vue?

Un sandwich au salami lors d’une balade. Une planchette de viande séchée à l’apéro. Une saucisse de veau à la foire saint-galloise de l’Olma. Et un cancer du côlon en vue? C’est peut-être le message que retiendront les carnivores qui, ce mardi, liront la presse, écouteront la radio, caresseront leur tablette. Des titres faisant aussitôt l’objet, sur les réseaux sociaux, de commentaires railleurs ou laudateurs (de la part, entre autres, des végétariens). Des conclusions péremptoires qui, surtout, déchaîneront les industries concernées, comme à chaque fois qu’un organe indépendant ose les attaquer.
Ainsi, aux Etats-Unis, l’Institut nord-américain de la viande, organe faîtier de la branche là-bas, a lâché les chiens vendredi déjà, à la suite d’une fuite du rapport du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) concluant au caractère cancérogène «certain» de la charcuterie (au même titre que le tabac!), et «probable» de la viande rouge (comme l’herbicide Roundup). Selon son président, cette évaluation «défie le bon sens», tant elle souligne que «la science a montré que le cancer est une maladie complexe qui n’est pas provoquée par de simples aliments». Et d’insinuer que «nombre des auteurs de l’évaluation ont trituré les données pour obtenir un résultat bien précis». Au point d’instiller le doute?
Le CIRC, dont les travaux n’ont jamais été pris en défaut, en a connu d’autres. Ses experts n’ont pour autres tâches, sur un sujet donné, que de se pencher sur la littérature scientifique foisonnante et de qualité variable, constituée de centaines d’études impliquant elles-mêmes souvent des milliers de sujets. Puis de les passer au filtre d’une lecture croisée des données pour évaluer si telle substance peut causer tel cancer, sans quantifier le risque associé – c’est une tâche ultérieure. Enfin, de nouer la gerbe lorsque c’est possible. Et seulement lorsque ça l’est! En 2011, un précédent rapport du CIRC n’a-t-il pas, faute d’études conclusives, classé les ondes de téléphone portable qu’au rang de «possiblement cancérogènes»?
Concernant la viande rouge et la charcuterie, leurs conclusions sont là, livrées avec un rare aplomb dans un domaine sensible comme l’alimentation. Loin de toute orthorexie imposée, il faut les prendre pour ce qu’elles sont: des conseils aussi sérieux et simples qu’appuyés, certes. Mais chaque être humain, atome par atome, n’étant que ce qu’il consomme depuis sa naissance, il faut rappeler Hippocrate: «Que ta nourriture soit ta médecine, et ta médecine ta nourriture.» Entre les recommandations des instances de santé publique fondées sur des analyses indépendantes et une autre maxime selon laquelle – même en boucherie désormais – «c’est la dose qui fait le poison», chacun jaugera ainsi pour lui-même jusqu’à quel point un bâton de Berger, des rebibes de bœuf au gros sel ou des chipolatas font partie de sa thérapie alimentaire personnelle.

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