La vie à 25 ans

Thérapies de conversion: l’inaction qui fait honte

OPINION. On l’a dit et redit: il existe encore aujourd’hui en Suisse des personnes prétendant pouvoir «guérir» l’homosexualité. En faisant d’énormes dégâts, rappelle notre chroniqueuse. Comment justifier qu’on les laisse libres d’exercer?

Il y a de ces choses qui questionnent vos ancrages temporels. Qui vous font vous demander si c’est bien en 2019 que vous évoluez ou si, comme dans un genre de Visiteurs inversé, on vous aurait projeté quelques siècles en arrière: la persistance de l’inégalité salariale; l’exploitation d’orques dans les SeaWorlds; les quads – personnellement, je trouve ces engins pétaradants extrêmement primitifs. Et il y a les thérapies de conversion.

Mardi dans nos pages, on pouvait lire l’interview de deux journalistes français qui viennent de publier un livre sur le sujet. Ils expliquent comment de petites communautés, souvent religieuses conservatrices, promettent de «guérir l’homosexualité» à travers des «traitements» – qui s’apparentent en réalité à de la manipulation psychologique. Un genre de croisade discrète pour la conversion sexuelle qui, si si, existe encore aujourd’hui. Jusqu’en Suisse.

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«Impuretés sexuelles»

En fait, on le savait déjà. Le Conseil fédéral aussi. En juin, deux élus l’interpellaient pour réclamer l’interdiction des thérapies de conversion visant des mineurs. Réponse en septembre: impossible, car «il n’existe pas de législation fédérale spécifique à ce domaine».

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Dans un récent Mise au Point, on apprenait pourtant que 14 000 Suisses et Suissesses seraient concernés. En deux clics sur Google, on tombe d’ailleurs sur un organisme neuchâtelois proposant son aide aux personnes qui, dans les commentaires, confient s’être «lavé les mains d’impuretés sexuelles» ou encore d’avoir «débloqué» des parts de leur féminité – autrement dit, d’être redevenue une vraie fille attirée par le sexe opposé.

Dans l’illusion

Glorieux exemple de charlatanisme – si l’homosexualité pouvait être désactivée comme une app sur Androïd, ça se saurait. On me dira: ces convertis semblent heureux, alors laissons-les dans l’illusion, non?

Non. Parce que ces mensonges mènent au tabou, aux frustrations, parfois à l’irréparable. Et parce que derrière leur prétendue bienveillance, ces thérapies entretiennent l’idée d’une homosexualité comme déviance, comme choix de vie à condamner et rectifier. Le relever semble d’une banalité infinie et pourtant: c’est le discours tenu actuellement par un parti comme l’Union démocratique fédérale ou certains psychiatres.

Je peux concevoir que le projet de PMA pour toutes, en ce qu’il touche à notre conception même du vivant, crée des débats en France. Mais qu’on n’entreprenne rien, pas même des contrôles préventifs, alors que des personnes avec des désirs tout à fait normaux sont poussées à croire qu’elles souffrent d’un trouble mental… Là, on nage en plein Moyen Age.


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