TANSTAAFL: «There ain’t no such thing as a free lunch.» Popularisé dans les années 1930, ce slogan faisait référence aux amuse-bouches offerts dans les saloons qui, bien sûr, n’étaient pas plus gratuits que la bière qui les accompagnait. Et c’est le grand Milton Friedman qui a pu insister sur cette idée que rien n’était gratuit, seulement payé autrement. Ou par quelqu’un d’autre. Concept que je pensais acquis.

Et puis il y a eu ce virus. Ce moment où le monde entier a ouvert les vannes financières pour aider tous ceux qui se voyaient renversés quand on a tiré le frein d’urgence du système. Beaucoup de demandes sont légitimes et nécessaires. Soutenir les indépendants oubliés. Un appui vital aux commerces qui ont dû fermer. Une solution pour l’horticulture qui doit détruire sa production. La liste de ceux qui ont besoin d’une bouée de sauvetage dans cette crise est longue.

Insatiables gloutons…

Et puis il y a les autres propositions. Celles qui viennent d’économistes qui, depuis des années, nous expliquent que le frein à l’endettement mène à la ruine. Qu’il faut introduire le revenu de base pour s’affranchir de l’horreur du modèle productiviste. Que l’argent pousse sur les arbres de la banque nationale. Ceux qui regardent avec mépris le gigantesque plan de 42 milliards de francs du Conseil fédéral. Insatiables gloutons, ils proposent de dépenser cinq fois plus. Deux cents milliards. Un tiers du PIB. Trois fois le budget annuel de la Confédération.

Bien rond, bien joli

Pourquoi ce chiffre? Difficile à dire. Il est bien rond, bien joli, mais ne correspond à aucun besoin concret. Il doublerait la dette des collectivités. Pour payer tous les salaires, toutes les primes maladie, tous les loyers. Et pourquoi pas nos vacances, une trottinette électrique pour chacun et un joli costume pour tous. Une grande kermesse de dépenses publiques pour compenser la déprime du virus.

Une génération pour rembourser

Il n’y a pas de repas gratuit. Chaque centime, quelqu’un devra le payer. Vous, moi, nos enfants. Peut-être nos petits-enfants. Et encore leurs enfants à eux, à ce rythme. Il faudra déjà une génération pour rembourser le programme du Conseil fédéral. Et l’on pourrait se poser la question à l’envers:

Ne trouveriez-vous pas saumâtre de trimer en pleine crise du coronavirus pour financer encore les dépenses de la grippe espagnole de 1918?

Les grands docteurs jonglent avec la richesse qu’ils n’ont pas créée. Ils expliquent comment dépenser l’argent des autres. Et comptent les milliards comme on compte des pommes. Mais les grands nombres nous échappent. La prochaine fois que vous tiendrez un billet de 1000 (1 g) dans vos mains, avec cette sensation adolescente d’être un peu riche, pensez qu’il en faut une tonne pour faire 1 milliard de francs…


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