«I will reunite Britain»: la ministre britannique de l’Intérieur, Theresa May, a donc annoncé sa candidature pour succéder à David Cameron au poste de premier ministre, en promettant de rassembler les Britanniques, dans une lettre publiée jeudi 30 juin par le Times de Londres.

Chez les Tories, celle qui est parfois surnommée la «nouvelle Margaret Thatcher» se situe sur une ligne politique très ferme, qu’il s’agisse des délinquants, des immigrés clandestins ou des prêcheurs islamistes. «Modérée, mais pas commode», dit Le Point. Modérée? Pour l’Independent, ce n’est qu’une apparence: «Don’t be fooled by Theresa May – she’s no progressive Conservative.»

En attendant, le Sunday Times le pense fermement: contre le tapis rouge déroulé à Boris Johnson vers le 10 Downing Street après le Brexit, elle représente «la seule figure capable d’unifier les factions rivales du parti» conservateur. Les candidats ont jusqu’à ce jeudi midi pour se déclarer. Pour l’heure, avec sa coiffure au carré poivre et sel et ses tenues colorées, Theresa May sait se montrer assez cassante, ce qui lui vaut cette comparaison avec l’historique Maggie. On lui reproche aussi pas mal d’opportunisme dans son «plan de carrière»:

Le Daily Telegraph la désigne pour sa part comme la femme politique la plus puissante du pays et estime qu’elle «est arrivée au sommet grâce à une détermination féroce». C’est avant tout sa force de travail plus que son charisme qui est louée, ce qui pourrait lui jouer des tours face au fantasque adversaire. Mariée depuis 1980 à Philip John May, un banquier, elle n’a pas d’enfant. Elle aime la marche et la cuisine.

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Une chose semble limpide chez elle: son regard est très méfiant vis-à-vis de l’Europe. Seulement, concrètement, elle avait choisi en début d’année de rester fidèle au premier ministre et de défendre le maintien dans l’UE, à la surprise générale. Objectif caché, que lui prêtent pas mal d’observateurs: rester à l’écart des luttes intestines, faire profil bas pendant la campagne, pour mieux préparer son entrée en scène.

Son acte de candidature, jusque-là, rappelle, étrangement, les historiques valses-hésitations du favori. Mais de toute manière, sur un point crucial en politique britannique – le rejet des quotas de réfugiés proposés par Bruxelles – elle a montré à quel point le gouvernement encore en place s’est laissé «intimider par les eurosceptiques du pays», avait commenté le Guardian à la mi-juin.

«May ne perd jamais de vue la politique intérieure», disait le quotidien de centre gauche dans son éditorial, cité par Eurotopics. Si l’UE était parvenue, avant le référendum sur le Brexit, à pousser la Grande-Bretagne à les accepter, ces quotas, ceux-ci auraient immédiatement été «perçus comme une […] remise en cause de la souveraineté britannique». Constat dont on sait maintenant plus que jamais qu’il irrite les eurosceptiques du parlement et la presse. A l’origine de la crise actuelle, «on retrouve le refus des Tories de reconnaître le moindre aspect positif à l’UE, à l’exception du marché unique».

Alors, maintenant que le Brexit a déréglé toutes les pendules du Royaume, Theresa May – dont le profil semble assez clair et compatible avec un retournement de veste en face d’un Cameron déchu – ne serait-elle que la candidate «stop Boris», telle que la décrit Courrier international? Depuis l’annonce de la démission du premier ministre le 24 juin, «la bataille pour la présidence du parti conservateur fait rage». Selon un sondage réalisé auprès de ses électeurs, la favorite serait bien Theresa May, rapporte encore le Times, qui est certainement le média le plus fiable en la matière: cela remet donc en question l’idée que Johnson «est le chouchou des militants du parti», écrit-il.

Le Sun rappelle, lui, que Theresa May, 59 ans, est «la ministre de l’Intérieur qui a été le plus longtemps en poste – plus de six ans – et elle est respectée par les partis de tous bords». Et selon le Daily Express, plusieurs conservateurs «ont exprimé leur inquiétude quant à l’idée que Boris Johnson devienne chef du parti, donc premier ministre». Beaucoup d’entre eux aiment son «excitation» et sa «notoriété», mais ils ne souhaitent pas forcément un leader «qui les emmène sans cesse sur les montagnes russes», dit un ancien ministre. Sur cette question-là, il apparaît clair que la ministre May obtiendra le soutien ferme de Cameron dans l’opération «Stop Boris».

La question n’est donc pas taboue, aux yeux de Marianne: «Et si le prochain premier ministre du Royaume-Uni était… une anti-Brexit?» Sachant que «BoJo» n’inspire guère confiance à ses pairs, avec son «inconstance peu compatible avec la poigne d’acier dont devra faire preuve, justement, le chef du gouvernement lors des négociations avec l’Union européenne», avec ses «plaisanteries plus ou moins fines» et ses «déclarations à l’emporte-pièce», il ne correspond «pas exactement à l’idée que les députés des Tories se font d’un homme d’Etat».

Il y a aussi d’autres voix qui commencent à la trouver saumâtre, cette exposition quasi exhibitionniste. Le célèbre chef Jamie Oliver, par exemple, «a appelé le public sur Instagram à bloquer sa nomination», lit-on dans le Guardian: «Faites-vous entendre, arrêtons d’être seulement des spectateurs! Nous ne pouvons pas laisser cela se produire.» Hashtag proposé par le cuisinier: #buggeroffboris. Mais hélas pour lui, il a oublié que «ce n’est pas le public, mais les députés conservateurs et les membres du parti» qui éliront le nouveau chef.