éditorial

Theresa May, une démission qui ne résout rien

Le successeur possible de la première ministre démissionnaire, Boris Johnson, sera confronté aux mêmes contingences de la politique britannique actuelle, notamment l’incapacité de trouver une majorité. De nouvelles élections, voire un nouveau référendum, semblent inévitables

Elle a décidé de jeter l’éponge. Dignement, mais épuisée par l’échec et en larmes. Devant le 10, Downing Street qu’elle occupe depuis juillet 2016, la première ministre britannique, Theresa May, a présenté vendredi le visage aussi émouvant que tragique d’un Royaume-Uni prostré, en pleine crise politique et identitaire. Ce rétrécissement de l’idée britannique souligne une nouvelle fois les rapports compliqués que ce pays entretient avec Bruxelles. Theresa May n’est pas la première au sein de son parti à en faire les frais. Quatre autres premiers ministres conservateurs avant elle sont tombés à cause de l’Europe. Edward Heath en 1974, Margaret Thatcher en 1990, John Major en 1997 et bien sûr David Cameron en 2016, dont l’erreur fatale fut d’organiser un référendum sur l’UE, avec l’illusion de faire taire les europhobes Tories.

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Acculée, Theresa May n’avait plus le choix. Désavouée à plusieurs reprises à Westminster et lors des élections désastreuses de juin 2017, la deuxième femme première ministre du Royaume-Uni est arrivée au pouvoir dans des conditions très difficiles. Son mérite aura été d’accomplir son travail consciencieusement et d’avoir véritablement tenté de concrétiser la volonté populaire: sortir de l’Union européenne. Son sens du devoir a fait d’elle l’une des rares personnalités du Parti conservateur à assumer ses responsabilités, contrairement aux 35 ministres qui ont préféré déserter le champ de ruines qu’est devenue la scène politique britannique.

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Mais cette ex-ministre de l’Intérieur a aussi vite montré ses limites. Au début de son mandat, elle a tenté de faire croire au mythe selon lequel la sortie de l’UE serait sans conséquences. Avec un plan initial de Brexit concocté à la va-vite, elle a erré, réalisant trop tard que ce plan menaçait l’économie et la paix en Irlande. Ces errances lui coûteront cher en termes de crédibilité. Face aux Tories – qui devraient ce week-end connaître le pire résultat de leur histoire aux élections européennes –, elle a d’emblée cédé aux europhobes. Alors qu’elle bénéficiait encore d’une certaine autorité, elle aurait pu leur asséner la vérité sur les effets réels du Brexit. Elle ne l’a pas fait. Et sa persévérance, longtemps saluée, est devenue synonyme d’entêtement et finalement d’enfermement.

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Sa démission ne résout rien. A la Chambre des communes, aucune majorité ne se dessine pour un accord. Le favori à la succession de Theresa May, le très léger Boris Johnson, qui a pour l’Empire romain autant d’admiration qu’il a de dédain pour l’UE, sera confronté aux mêmes contingences. La convocation de nouvelles élections paraît inévitable, sans pour autant garantir une sortie de crise. Car elles pourraient porter au pouvoir Jeremy Corbyn, un leader travailliste qui n’a, lui non plus, pas assumé ses responsabilités de chef de l’opposition. Après des mois d’impasse politique, un nouveau référendum s’impose. Et vu les circonstances, il n’aurait rien d’un déni de démocratie.

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