L'ambassadeur Thomas Borer apprend à ses dépens ce que le rôle de vedette, surtout en politique suisse, peut comporter d'ingrat. Porté aux nues un jour, boudé le lendemain, le chef de la task force aura éprouvé en vingt mois tous les frissons dont un diplomate peut rêver. Le fringant quadragénaire savait que sa carrière menée au pas de course ferait des jaloux. On raconte à Berne que même son supérieur, le conseiller fédéral Flavio Cotti, s'est froissé de l'ombre qu'il a fini par lui porter par moments.

Mais au sein du Département fédéral des affaires étrangères auquel est rattachée la task force (et ses 25 collaborateurs), l'heure est plutôt à resserrer les rangs. Car, il fallait s'y attendre, la conclusion de l'accord global entre banques suisses et plaignants juifs américains, a fait sortir du bois les détracteurs de la task force et de son patron.

Tenant de la ligne dure consistant à ne pas impliquer la Confédération dans ces négociations tout en tentant de redresser l'image de la Suisse à l'étranger – mission de base de son équipe de crise – Thomas Borer doit-il tirer sa révérence? Est-il devenu gênant alors qu'il s'agit de faire fructifier maintenant un climat d'apaisement? Ces questions éclatent au grand jour mais elles ne suffisent pas à déstabiliser le diplomate de choc. Il a eu le temps de s'y préparer sachant que sa mission et celle de la task force ne sont par essence pas éternelles.

Thomas Borer a ainsi mis fin lundi aux spéculations sur son éventuel départ. Il restera à disposition du Conseil fédéral en tant que chef de la task force, aussi longtemps que ce dernier le désirera. S'exprimant à Berne en marge de la présentation d'un livre, il a rejeté l'éventualité d'une dissolution éventuelle de la task force, après la conclusion de l'accord global. Il ne faut pas renvoyer les pompiers avant que toutes les braises de l'incendie ne soient éteintes, a commenté Thomas Borer. Il a également réfuté les allégations selon lesquelles il s'apprêterait à travailler pour Swissair.

Jusqu'à la fin de l'année

Selon le diplomate, on aura encore besoin de la task force au moins jusqu'à la fin de l'année. Ce délai n'est pas innocent: il fait clairement référence à la conférence agendée début décembre à Washington pour faire suite à celle de Londres sur l'or. Un membre de la task force estime qu'il s'agit, en l'état, du dernier grand défi qui attend la cellule de crise du Conseil fédéral. La justification de son existence va certes aller en s'estompant, surtout avec un chef aussi visible à sa tête, mais la réorientation de sa mission ne devrait pas représenter le dossier le plus urgent de la séance de rentrée du Conseil fédéral.

Mercredi, le gouvernement va devoir se pencher en priorité sur l'accord de New York et il entendra à ce sujet… Thomas Borer.

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