La Suisse doit-elle lever encore un peu plus son secret bancaire pour mieux collaborer à la lutte que les Etats européens mènent contre les fraudes douanières et fiscales? Jusqu'où et selon quelles modalités? La question est politique et elle se résoudra dans des négociations hautement techniques que nous serons nombreux à ne suivre qu'à une distance respectueuse. L'affaire Verda qui secoue le Tessin la précipite dans le champ beaucoup plus saisissable du fait divers.

Au bénéfice du flou juridique qui entoure les activités de contrebande douanière, le boss Gerardo Cuomo a pu séjourner plus ou moins légalement au Tessin, y approcher amicalement un des plus hauts magistrats de l'ordre judiciaire et lui faire des cadeaux dont l'avenir dira s'ils étaient ou non le prix de la corruption.

Si la réponse est positive, elle consacrera, certes, la dérive d'un seul homme. Mais cela n'empêche pas cette dérive d'être exemplaire sinon de connivences plus larges que rien ne démontre, du moins d'un état d'esprit.

Le banquier genevois dont on racontait, il y a une vingtaine d'années, qu'il avait avalé un document contenant le nom de ses clients pour ne pas le livrer aux autorités fiscales françaises obéissait à sa conception du bien, qui n'était pas celle des policiers qui l'avaient arrêté. En l'an 2000, le même banquier respecterait certainement l'obligation légale de dénoncer à l'autorité les clients qu'il soupçonne de placer sur ses comptes de l'argent mal acquis. Entre deux, le scandale de l'affaire Kopp a révélé à la Suisse choquée les risques liés aux complaisances de sa place financière envers les capitaux de provenance douteuse.

Les trafics douaniers n'ont certes jamais passé pour des activités recommandables. Mais on les tolère, traditionnellement, dans les zones frontières et peu de territoire, chez nous, sépare les différentes zones frontières. Aujourd'hui, la perspective d'une intégration, totale ou seulement économique, dans l'Europe nous force à changer d'attitude. L'affaire Verda pourrait bien être l'affaire Kopp de ce nouveau chapitre de notre adaptation à un monde où la morale, comme les échanges, se globalise.

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.