Alimentation

Tiens, il paraît que je suis flexitarien!

Végétarien, végétalien, végane, on connaît. Et flexitarien? Vous l’êtes peut-être sans le savoir. Tentative de clarification

«Du pavé au roquefort, jusqu’à la côte de porc, la bidoche c’est mon fort, je suis carnivore», chantaient les Garçons Bouchers il y a une quinzaine d’années. On ne sait pas si l’impact eût été le même avec des paroles sur le véganisme. Toujours est-il qu’aujourd’hui, entre les images choquantes tournées dans des abattoirs diffusées par L214 et les scandales alimentaires à répétition, la tendance serait plutôt à réduire sa consommation de viande.

C’est de là qu’est apparu le néologisme «flexitarien», formé entre les mots «flexible» et «végétarien». Et c’est tout récemment que Nadège, 43 ans, a appris qu’elle était flexitarienne: «C’est ce qu’on m’a dit quand j’ai décrit mes habitudes alimentaires, dans un groupe de réflexion sur l’éthique animale. Je ne suis pas contre le fait de manger des animaux, mais pas dans les conditions dans lesquelles ils sont élevés. J’aime la viande, mais j’en consomme maximum une fois par semaine en privilégiant les producteurs locaux. La maltraitance animale est liée à la quantité que l’on en ingurgite. Si nous réduisions tous notre consommation, nous ne leur ferions pas subir ces horreurs.»

Pascal, lui, qui se définit comme étant flexitarien, n’achète plus de viande pour des raisons éthiques, écologiques et de santé. Mais il ne fait pas la fine bouche si un ami lui cuisine une bonne entrecôte, et n’a pas exclu le poisson de ses habitudes alimentaires. Il s’agit donc de se nourrir de viande seulement occasionnellement, on l’aura compris. En revanche, rien ne définit à quelle fréquence. Même le site Flexitarisme.com évite de poser un cadre clair.

Mot d’ordre: prise de conscience

Mais dans ce cas, puisque le flexitarien mange de tout, il est tout bêtement omnivore, non? «C’est théoriquement exact, mais en étant tout à fait honnête avec nous-mêmes, une observation simple s’impose: notre régime alimentaire et nos pratiques culturelles placent les protéines animales au cœur de nos repas. […] Le flexitarisme propose une alternative qui consiste à végétaliser davantage votre alimentation mais de manière équilibrée grâce aux protéines végétales, sans exclure une consommation ponctuelle, au choix de chacun, de protéines animales», peut-on lire à propos des fondamentaux de ce «nouveau» régime alimentaire.

La prise de conscience semble être le mot d’ordre. Refréner ses envies de bidoche, peu importe comment, et faire attention à sa provenance. Se griller un poulet en batterie farci aux hormones, ne serait-ce qu’une fois par mois, ne fait pas partie des recommandations…

Vers le flexivéganisme?

Au passage, s’autoproclamer flexitarien permettrait-il d’éviter de se faire voler dans les plumes par des végans purs et durs? «Non, ils ne comprennent pas le concept, raconte Antony, flexitarien depuis deux ans et ancien bénévole pour une association végane. Moi je trouve intéressant d’y aller progressivement. Mais certains sont culpabilisants, limite sectaires. Les gens ont besoin d’une porte d’entrée vers une réduction de consommation de viande, et le flexitarisme en est une.»

Quant à Fabien Truffer, porte-parole de l’association Pour l’égalité animale (PEA), il reste plutôt mitigé sur la démarche, et est particulièrement amusé par l’existence de «recettes de cuisine flexitariennes» sur le Web. Soulignant que tout effort visant à réduire la consommation d’animaux est le bienvenu, il explique que les végans et les végétariens ne voient pas cela d’un très bon œil. «Tout le monde peut être flexitarien. Certains diront que ce n’est pas cohérent.» Il ajoute qu’il connaît plusieurs végétariens qui souhaitent devenir végans, et se questionne soudainement: ces gens seraient-ils donc flexivégans? Le mot ne semble pas encore inventé, mais nul doute que la marmite à flexi-tendances est déjà en train de bouillir.

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