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Des ouvriers chinois travaillent sur un chemin de fer à Nairobi, Kenya.
© AFP / YASUYOSHI CHIBA

Opinion

La toile d’araignée chinoise sur l’Afrique

OPINION. La Chine a repris le flambeau du libre-échange et du multilatéralisme. Tous les pions sont en place pour la conquête complète du continent africain, estime la sociologue politique et grande connaisseuse de l’Afrique Christine von Garnier

Les 3 et 4 septembre, le gouvernement chinois a organisé un nouveau sommet Chine-Afrique pour lequel il a convié tous les pays africains à l’exception de ceux qui osent encore commercer avec Taïwan. Ce sommet suit une autre rencontre, il y a trois mois, de tous les responsables militaires africains, et un récent voyage du président Xi Jinping sur ce continent qui regorge de toutes les matières nécessaires au développement de la Chine, y compris les nouvelles technologies. La Chine est pourtant de plus en plus critiquée, car elle favorise l’endettement de nombreux pays africains. Elle donne l’impression d’un néocapitalisme féodal qui appâte certains chefs d’Etat avec des «cadeaux» (stade de lutte, par exemple), une voie de chemin de fer par-ci, une route par-là. Marx aurait fort à faire pour dénoncer cette nouvelle aliénation «communiste»…

Une dette de 132 milliards de dollars

De l’avis de nombreux Africains, l’Afrique devient peu à peu un continent chinois. Alors que les anciennes puissances coloniales se concentraient sur quelques pays, l’emprise chinoise, telle une toile d’araignée, s’étend sur tout le continent. Selon le cabinet McKinsey, il y aurait 10 000 entreprises chinoises en Afrique et les échanges augmenteraient de 20% chaque année. Dans la majorité des cas, des ouvriers chinois sont importés même si quelques ouvriers africains sont aussi engagés. Si la Chine donne des statistiques économiques, rien n’est dévoilé sur les immigrants chinois en Afrique qui pourraient être plus d’un million, alors que des milliers de jeunes Africains, faute de travail et de formation, tentent d’émigrer vers l’Europe pour trouver du travail. On est consterné par l’attitude des élites de plusieurs pays africains, préférant s’enrichir plutôt que de former la jeunesse.

Le fameux win-win exprimé par les dirigeants chinois est de fait un «winwin-win», où la Chine est doublement gagnante

Le président Xi Jinping a entamé un quatrième voyage en Afrique le 21 juillet dernier, commençant par le Sénégal, pays francophone stable, puis le Rwanda de Paul Kagame, président de l’Union africaine (UA), l’Afrique du Sud et l’île Maurice. Partout il a été reçu avec les honneurs dus à son rang et il a signé de nombreux accords. Tout se passe entre chefs d’Etat, ce qui convient bien aux élites, les peuples n’étant pas consultés. Les contrats manquent de transparence et cela entraîne une dépendance africaine du fait de la dette mesurée en prêts et estimée à 132 milliards de dollars par la Johns Hopkins University. Le fameux win-win exprimé par les dirigeants chinois est de fait un «winwin-win», où la Chine est doublement gagnante à long terme.

Cette emprise chinoise sur l’Afrique se déploie aujourd’hui à tous les niveaux. Economique d’abord: les exportations africaines vers la Chine, des matières premières essentiellement, servent au développement de la Chine qui est officiellement, selon l’ONU, «sous-développée»… Les pays africains sont souvent forcés d’importer le matériel de construction de Chine, alors qu’on pourrait le fabriquer sur place. En Namibie, les Chinois voulaient ainsi empêcher les Namibiens d’importer du matériel de leur grand voisin sud-africain (ce qu’ils faisaient depuis cinquante ans) et les forcer à importer de Chine. Les Namibiens s’y sont finalement opposés avec succès.

Approche militaire

Dépendance politique ensuite: les chefs d’Etat africains sont largement payés, ou corrompus avec leur clan, pour suivre la stratégie économique chinoise, sauf pour un ou deux chefs d’Etat importants qui réclament un vrai partenariat, à l’image du président sud-africain Cyril Ramaphosa. Militaire ensuite: Djibouti est devenu un port militaire chinois (à côté des Américains…) avec 2000 soldats et des sous-marins pour surveiller la côte Est de l’Afrique. Des rumeurs font penser que le port namibien de Walvis Bay pourrait suivre. En effet, il faut bien sécuriser les exportations d’uranium et de lithium indispensables à la stratégie nucléaire et énergétique chinoise. Comme d’autres pays, notamment la Russie et la Corée du Nord, la Chine arme les Africains. En juillet dernier, elle a organisé un forum sino-africain de sécurité et de défense avec des délégués militaires de 50 pays du continent. Elle entend ainsi sécuriser ses investissements le long des mystérieuses «Routes de la soie» qui passeront par le Moyen-Orient, Djibouti, le Soudan, l’Egypte, et l’Europe, consolidant ainsi l’irréversible ascension chinoise en Afrique.

Les 27 et 28 juillet, le président chinois a participé à Johannesburg au sommet des Brics, pays émergents qui s’étaient réunis pour la première fois en 2009: Inde, Chine, Russie, Brésil, et Afrique du Sud, dont le but était de faire un contrepoids à l’Occident. Aujourd’hui, contre le protectionnisme américain, c’est la Chine, grande puissance économique, qui a repris le flambeau du libre-échange et du multilatéralisme. Ainsi, tous les pions sont en place pour la conquête complète du continent.

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