Santé

Les toilettes, miroir des inégalités

Le sujet des latrines est un tabou. Pourtant, le taire incite à oublier qu’il s’agit d’une des premières causes de mortalité dans le monde. Car 60% de la population n’a pas accès à des sanitaires corrects

C’est le dénominateur commun de nos journées. Tous les jours, on y entre, on s’y soulage, puis on en sort. Bien qu’il se répète, ce bal demeure intime et secret. Se délester du fardeau quotidien est un acte tabou. Évoquer le sujet l’est tout autant. Mais ce qu’on a tendance à oublier, c’est que pouvoir le faire en toute intimité est un luxe vital partagé par une minorité d’habitants de la planète.

A l’occasion de la Journée mondiale des toilettes, le tabou est brisé. Le 19 novembre, sur les réseaux sociaux, le #WorldToiletDay figure parmi les hashtags les plus populaires. «Si vous avez des toilettes, vous avez plus de chance que les 2,3 milliards de personnes qui n’ont toujours pas accès à des services d’assainissement de base», lance la Banque mondiale sur Twitter. «1,8 milliard de personnes consomment de l’eau contaminée par des excréments», ajoute Action contre la faim.

80% des eaux usées réutilisées sans traitement

Les chiffres sont éloquents. L’accès aux sanitaires est de toute évidence une des plus cruelles formes d’inégalités que le monde connaisse. Selon les chiffres de l’OMS, environ 60% de la population mondiale n’a pas accès à des sanitaires dignes de ce nom et est donc exposée à la propagation de maladies mortelles. Mortelles, oui, car, rappelons-le, autant le choléra, la diarrhée, la fièvre typhoïde que les hépatites naissent dans la fange.

Pourtant, aujourd’hui, le site de la Journée mondiale dénonce: 892 millions de personnes sont encore contraintes de déféquer en plein air par manque d’aménagements. On estime aussi que 80% des eaux usées résultant des activités humaines retournent dans l’écosystème sans avoir été traitées ou réutilisées.

Faire craqueler le tabou

Pour agir donc, il fallait en parler. C’est le Singapourien Jack Sim qui en a décidé ainsi. Partant du principe qu’un tabou demeure tant qu’on n’en parle pas, celui que l’on surnomme aussi Mr. Toilets, a choisi le 19 novembre pour faire vaciller le non-dit. «Nous avons une telle estime de nous-même qu’on ne peut pas admettre qu’on pète et que l’on est capable de produire une odeur nauséabonde», lance-t-il hilare sur le plateau de la chaîne YouTube appartenant à Unleash, un laboratoire d’innovation.

L’ancien homme d’affaires ne rechigne pas à user de l’humour pour vanter son projet. Souvent représenté assis sur une cuvette en porcelaine, il avoue avoir, à 40 ans, cherché «un sens à sa vie» et s’amuse à dire qu’il l’a trouvé dans les toilettes. Désormais à la tête de la World Toilet Organization (WTO), l’homme collabore avec les Nations unies pour pallier le manque d’installations sanitaires sur la planète.

Des toilettes pour changer le monde

Grâce à lui, désormais, tous les ans on parle de toilettes. Depuis 2013, l’ONU a officiellement reconnu cette journée. Cette année, même Bill Gates aborde le sujet. Dans un tweet publié sur son compte, il présente le projet de six sanitaires écologiques dont il soutient le développement.

«Ces six toilettes pourraient changer le monde», écrit le milliardaire. Les mots sont forts, mais à en croire les tenants de la cause, ils sont justes.

Changer le monde, car selon la WTO l’accès aux toilettes est aussi une «condition préalable à la dignité, à l’intimité et à l’éducation». Depuis 2016 par exemple, le gouvernement indien a construit plus de 20 millions de toilettes. Un progrès qui concerne d’abord les Indiennes en leur offrant une sécurité supplémentaire face aux agressions sexuelles.

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