EDITORIAL

Tolérance zéro pour le harcèlement

EDITORIAL. La parole se libère en Suisse aussi. Alors que le séisme provoqué par l’affaire Weinstein produit des remous jusqu’à Berne, nous vivons aujourd’hui ce que bien des pays ont connu ces deux derniers mois

Mercredi 29 novembre, Le Temps révélait que Yannick Buttet (VS/PDC) était visé par une plainte pénale en Valais, après avoir été interpellé dans le jardin d’une femme avec laquelle il avait entretenu une affaire extraconjugale, dans la nuit du 18 au 19 novembre. Plusieurs élues et journalistes évoquaient également dans nos pages un comportement inapproprié du conseiller national à Berne. Ce dernier a été suspendu jeudi 30 novembre au matin de la vice-présidence du Parti démocrate-chrétien suisse.

A ce sujet: 


D’abord, c’est la stupéfaction quand les témoignages affluent. Tout ce que nous prenions pour établi ne l’est pas. L’égalité homme-femme est une vaste supercherie. Entendre en 2017 des femmes politiques vous expliquer à quoi elles sont exposées sous la Coupole et, en même temps, pourquoi elles préfèrent se taire plutôt que de courir le risque de se retrouver hors jeu, montre à quel point le système politique fédéral les a prises en otage. Ce qui leur est proposé est somme toute assez simple. Soit tu restes et tu acceptes les règles définies par des hommes qui peuvent te harceler en toute impunité, soit ta carrière s’arrête.

Tentative de minimisation 

Ensuite, c’est la nécessaire lutte contre les courants contraires. Ce sont notamment tous ces participants au jeu politique, médias compris, qui minimisent, relativisent et banalisent. Comme ces observateurs qui, en France ou aux Etats-Unis, ont tenté d’expliquer que les hommes avaient des pulsions incontrôlables

Ou que le jeu de la séduction faisait partie de la vie d’une assemblée politique. Rappelons que pour mettre un terme aux premières, l’éducation fait des miracles. Et que si l’on veut que tout le monde participe au second, les règles doivent être les mêmes pour tous, hommes ou femmes.

Lire également: Ces dérapages qu’on ne veut pas voir

Ouverture d'une porte cadenassée 

Aujourd’hui au parlement fédéral, des femmes ne vont pas à des séances de commissions parce qu’il y a un collègue collant qui ne peut pas s’empêcher de les tripoter. C’est une atteinte à l’intégrité physique et psychologique d’une personne. Mais aussi une atteinte au fonctionnement normal de la démocratie.

Ceux qui reprochent aux médias de publier des témoignages anonymes feraient bien de revoir leur point de vue sous l’angle de l’intérêt public. Faut-il taire ce que disent ces femmes, qui parfois même se rétractent après s’être confiées, de peur d’être reconnues? Au risque d’empêcher le législateur de travailler en toute sérénité? Au risque de cautionner l’omerta?

Hier, pour la première fois depuis l’affaire Weinstein, c’est une politicienne de droite, Céline Amaudruz, qui a décidé de rendre publique son agression par un de ses collègues parlementaires. Une UDC en héroïne courageuse de la cause féministe? L’époque a décidément changé, et c’est tant mieux si elle permet de faire sauter des verrous installés depuis trop longtemps.

Dossier
L'affaire Yannick Buttet

Dossier
Harcèlement et agression sexuels, la loi du silence

Publicité