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Test sur l'échappement d'un moteur diesel en Allemagne, en août dernier.
© Thomas Kienzle/AFP

Revue de presse

Tollé après les tests de l'industrie automobile allemande sur des humains et des animaux

La colère est immense contre des pratiques jugées «immondes» et face aux nouveaux écrans de fumée que se sont ingéniés à mettre en place les constructeurs automobiles 

La controverse autour des tests sur les singes et les humains dans le secteur automobile allemand a fait une première victime avec la suspension d'un lobbyiste en chef, Thomas Steg de Volkswagen, pour le rôle qu'il a joué, de son propre aveu, dans l'organisation des tests d'émissions polluantes sur des singes. Il avait admis, mardi dans le quotidien Bild, avoir été informé des essais destinés à étudier les effets de la pollution des moteurs diesel Volkswagen, truqués à l'époque pour paraître moins polluants.

Lire aussi: Volkswagen, BMW et Daimler accusés de pratiquer des expériences sur des singes et des humains

Car bien sûr, à propos de cette sale affaire, il faudra faire toute la lumière. Mais en attendant, les révélations suscitent l'indignation générale dans tous les médias, dont certains ne mâchent vraiment pas leurs mots. A l'instar de ce titre à rallonge de l'hebdomadaire polonais Najwyzszy Czas, avec ses douloureux relents historiques: «Est-ce plus fort qu'eux? L'Allemagne continue de construire des chambres à gaz et de tester l'impact des gaz d'échappement sur les personnes et les animaux.»

Même angle, mais plus argumenté, dans un article du philosophe et germaniste Angelo Bolaffi dans La Repubblica. Pour lui, «la seule évocation d'expériences scientifiques où des singes et des humains servent de cobayes est insoutenable». Ce, «pour des raisons historiques, synthétisées par la «banalité du mal», la métaphore d'Hannah Arendt. Et pour des raisons culturelles, car aucune nation moderne n'a fait, au même titre que l'Allemagne, l'expérience de la douloureuse contradiction entre l’irrésistible exaltation de la volonté de puissance de la technique et le rêve romantique d'une civilisation qui s'oppose à tout progrès technique.»

Et de préciser que «de ce point de vue, le sentiment d'horreur exprimé par Angela Merkel quant à l'hypothèse que des constructeurs automobiles allemands aient pu mené des expériences pour tester la toxicité des gaz d'échappement de moteurs diesel est l'expression de la conscience douloureuse de «ce passé qui ne passe pas» (qui ne peut pas et ne doit pas passer) de l'histoire allemande». En août dernier, d'ailleurs, «autorités et constructeurs automobile allemands étaient réunis pour évoquer la réduction des émissions des voitures diesel, racontait le Journal d'Arte. Ce sujet (était) devenu un enjeu électoral. A deux mois des législatives, le pouvoir (était) de plus en plus critiqué pour sa bienveillance envers les constructeurs, tandis que des proches de la chancelière (s'étaient) reconvertis dans l'industrie automobile.»

Des pratiques «répugnantes»

La Tageszeitung de Berlin, également, reprise et traduite par le site de Courrier international, dénonce avec force ces pratiques qu'elle considère comme «répugnantes et le fait d’irresponsables»: «A la différence des expériences menées dans de nombreux domaines de la médecine, dont le bénéfice potentiel à tirer peut l’emporter sur les inconvénients, Volkswagen, BMW et Daimler ne cherchaient pas ici à faire surgir la vérité. Il s’agissait pour eux de promouvoir des véhicules apparemment propres, à en croire les tests et l’expérimentation animale, mais qui en réalité demeurent sales sur les routes.»

Il semble donc normal que «les éditorialistes s'irritent de l'outrecuidance des constructeurs et espèrent que la recherche tirera les enseignements de ce scandale», pour le site Eurotopics, qui a agrégé quelques commentaires de la presse européenne. Cette industrie semble vraiment être incorrigible, aux yeux du Telegraaf néerlandais: «Le made in Germany était jadis un label immaculé (...), la pierre angulaire du secteur économique le plus performant d'Europe. (...) Et aujourd'hui, des cadres (...) se trouvent derrière les barreaux, le grand patron de Volkswagen comparaît au tribunal, mais la capacité des constructeurs à «nettoyer» le secteur reste néanmoins insuffisante.»

Un «bilan effrayant» en Allemagne

Par ailleurs, «les scientifiques désireux de continuer à s'acoquiner avec de tels partenaires feraient bien de se poser quelques questions critiques au préalable, soutient la Neue Zürcher Zeitung. Mais qui sait, peut-être ce débat contribuera-t-il à assainir la base sur laquelle repose le subventionnement de la recherche dans le domaine des substances polluantes. Car l'idée selon laquelle les pollueurs devraient participer au financement de la recherche sur les effets de ce fléau – sur les êtres humains, les animaux et l'environnement – n'a rien de saugrenu.»

Ce qu'il faut retenir de ce qu'on appelle désormais le #Monkeygate? Dans sa synthèse, Le Monde insiste sur le fait qu'outre la presse, «de nombreux responsables politiques allemands et européens ont fustigé une pratique» qu'ils ont tour à tour qualifiée d'«immonde», d'«absurde» ou de «choquante». Ce qui n'a évidemment pas empêché l’ONG Greenpeace, explique La Nouvelle République, de mettre en cause «un gouvernement fédéral passif», tout aussi responsable que les acteurs directs d’un bilan «effrayant».

Crise aiguë de confiance

Selon cette ONG, 10 000 personnes meurent chaque année en Allemagne à cause du dioxyde d’azote (NO2) rejeté par les véhicules diesels.» Et cette «controverse arrive dans un contexte particulier, celui d’une crise déjà aiguë de confiance qui frappe depuis 2015 les grands constructeurs allemands après le trucage à grande échelle de leurs moteurs (...) et le rappel de millions de véhicules.»

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