Pourquoi, quand l’«homo economicus helveticus*» a tout à perdre, devient-il apathique et catastrophiste? Pourquoi le mécanisme de survie en Suisse aujourd’hui ne lui donne-t-il plus l’envie de se reprendre en mains et de se réinventer? On dit souvent que ceux qui n’ont rien à perdre, sont les plus innovants, les plus créatifs et surtout ceux qui prennent le plus de risques. Alors pensez-vous que la crise va redonner cette envie?

La semaine passée, j’ai assisté à la conférence de Mme Héritier-Lachat, présidente du conseil d’administration de la FINMA, l’Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers, à la British-Swiss Chamber of Commerce. Plus de 175 représentants des milieux financiers genevois se sont déplacés pour l’écouter, un nombre rarement atteint à la BSCC pour une conférence. Pourquoi? Dans le climat négatif des marchés boursiers et financiers, menacés par la mort du secret bancaire, les illustres représentants des institutions bancaires et financières ont besoin d’être rassurés et de trouver des solutions à leur misère. Ce qui m’a frappée tout particulièrement ce jour-là étaient la morosité et l’esprit défaitiste de toutes ces personnes. Ce concentré de catastrophisme, «2012, cela va être la crise», inhibe toute réflexion constructive et toute possibilité d’innover. Le confort de ces dernières années, les bénéfices records, les bonus et les salaires parfois obscènes, ont tué l’innovation, la créativité et l’esprit entrepreneurial de ces financiers. Comment peuvent-ils encore être des conseillers en gestion du patrimoine des vrais entrepreneurs de notre économie? Un entrepreneur doit être constamment innovant et créatif, et repenser son modèle d’affaires, sans cela il signe sa mise à mort. Pourquoi alors les banquiers et les financiers ne sont-ils plus capables de faire la même chose?

La presse mondiale fait régulièrement part des mouvements des «Indignés» dans le monde et même à Genève, mais jamais des «indignés de la finance». C’est un oubli majeur, car je vous assure que les banquiers et financiers ce jour-là m’ont fait penser à des indignés. Indignés de perdre leurs privilèges, indignés de voir leur magnifique modèle bi-centenaire partir en vrille, indignés de se voir imposer des régulations et des contraintes par les Etats voisins et leurs propres organes de contrôle, indignés que le sacro-saint secret bancaire n’ait plus d’avenir, indignés de perdre la suprématie de la place financière suisse au détriment de l’Asie!

Mais réveillez-vous, bon sang! Au lieu de vous plaindre et de tout voir en noir, devenez les pilotes de votre avenir! Faites comme Steve Jobs quand on l’a licencié de sa propre entreprise Apple, il s’est réinventé, il a créé une merveille avec Pixar, il est revenu encore plus fort et encore plus créatif. L’innovation doit continuer de couler dans vos veines de banquiers et de financiers, car nous, les Suisses, sommes connus mondialement pour notre inventivité, nos créations et notre faculté de rebondir. N’étions-nous pas littéralement une économie de pauvres, à la fin du 19e siècle, et ne sommes-nous pas devenus les leaders de l’horlogerie, de la pharmaceutique et même de la finance? Nous avons cette faculté merveilleuse de nous réinventer et de créer. Au lieu d’être des indignés, redevenez des Suisses innovateurs et battez-vous! Faites honneur à vos ancêtres entrepreneurs qui ont fait de la Suisse ce qu’elle est. Il est encore temps de montrer l’exemple et de prouver au monde, que même blessés, confinés, régulés, vous êtes capables de trouver des nouveaux modèles d’affaires, d’être innovants et surtout de redevenir des vrais partenaires «business» pour les entrepreneurs! Vous avez la chance inouïe de pouvoir rebâtir votre monde sans avoir besoin de le faire par une révolution ou par une guerre, mais grâce à l’innovation et la prise de risques. Toutefois la technologie ne peut vous aider à innover, seuls les hommes le peuvent. Réapprenez à voir le monde en temps réel et à comprendre les signaux faibles. Interagissez, connectez-vous, partagez, créez des liens d’excellence!

Si on se réfère à Gandhi et à la philosophie asiatique du boudhisme: c’est quand on n’a plus rien qu’on est totalement libre, quand on se débarrasse de «l’attachement». Mais pour connaître cet état d’esprit, il faut accepter une donnée essentielle au modèle entrepreneurial: le risque! Danser sur le fil du rasoir, avoir du courage (comme Steve Jobs du reste). Quand on est «attaché» à la sécurité, qui est totalement illusoire puisque n’importe qui peut tout perdre en une seconde (la vie, un proche, avoir un accident), on est «apathique» et paralysé.

L’entrepreneur (Steve Jobs), l’artiste (Camille Claudel), le philosophe (Socrate) et le poète (Basho, Rimbaud) sont des gens très peu attachés, en somme, et libres comme l’air. Il me semble que c’est la première condition pour avoir un esprit innovateur.

Retrouvez la passion, c’est elle qui est créatrice de valeur et qui apporte en plus le bonheur!

Je vous promets que si vous pensez «mieux», tout deviendra possible. Quand on n’est plus dans le besoin, on est dans l’envie.

«Choose a job you love and you will never have to work a day in your life», car la passion pour un métier remet l’aspect financier à sa place. Il faut «juste» retrouver les fondamentaux, de la valeur et de l’enthousiasme.

*Caroline Miller est la fondatrice et directrice de Head to Head, Executive Search & Public Relations, cabinet de recrutement de cadres dirigeants

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