Un nouvel Ueli Maurer nous aurait-il été donné? Si l'on en croit les témoignages enregistrés auprès de ceux qui le côtoient depuis qu'il a repris le ministère des Finances, on pourrait penser qu'il n'est plus le même qu'au Département de la défense. A l'aise avec les chiffres, ce comptable de formation s'est montré ferme face à son parti lorsque celui-ci exigeait un alignement de la croissance des dépenses fédérales, secteur par secteur, sur celle de l'économie.

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Il s'est montré collégial lorsqu'il a défendu la troisième réforme de l'imposition des entreprises devant le Conseil national, même s'il n'en partageait pas tous les aspects. En commission, il a même impressionné Ada Marra, une socialiste vaudoise que l'on ne peut soupçonner d'accointances avec le conseiller fédéral UDC.

Au terme des cent premiers jours à la tête des Finances, les observateurs se montrent plutôt optimistes. Les pires craintes se sont révélées infondées: il n'a pas fait le ménage dans son nouveau département, il n'a pas brandi la hache pour couper dans les dépenses fédérales comme son parti, dont il fut naguère le président, l'exige depuis des lustres.

On ne retrouve pas aux Finances l'Ueli Maurer louvoyeur qu'on avait vu à la Défense. Cet Ueli Maurer qui soufflait le chaud et le froid sur le budget de l'armée. Cet Ueli Maurer qui a été soupçonné plus souvent qu'à son tour de jouer avec les limites de la collégialité. Cet Ueli Maurer qui n'hésitait pas à reporter sur d'autres l'échec du Gripen, dont il portait pourtant largement la responsabilité.

Au contraire, les parlementaires qui le côtoient le disent clair dans ses propos, un compliment rarement entendu dans sa vie antérieure de patron de l'Armée. Ueli Maurer se serait-il bonifié à ce point en changeant de costume ministériel? Ne tirons pas de conclusions hâtives. Il faut se rappeler que le Zurichois a été, dans une vie encore antérieure, un président de parti illusionniste, un impitoyable chef de meute, un rusé renard capable de bondir par surprise sur ses adversaires politiques, un violent pourfendeur de cette classe politique dont il fait pourtant partie.

Alors attendons. Attendons de voir comment il gérera le prochain grand défi de politique fiscale internationale, à savoir l'échange de déclarations des multinationales dans le cadre du programme BEPS de l'OCDE. Attendons de voir quel profil il proposera pour succéder à Jacques de Watteville à la tête du très stratégique Secrétariat d'Etat aux questions financières internationales. Attendons de voir quelle sera sa politique budgétaire une fois qu'il aura mis sous toit le programme de stabilisation financière 2017-2019, dont les sacrifices peuvent être qualifiés de minimes par rapport aux revendications de l'UDC. Attendons de voir s'il saura rester indépendant des nouveaux ténors de son parti qui siègent dans les commissions des Finances et de l'Economie. Attendons.

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