Le refrain commence à faire sourire. Depuis l’hiver dernier et les révélations sur les coupages de vin pratiquées par Dominique Giroud, le monde viticole ne cesse de se défendre en parlant de «pratiques isolées», de «négligence», de «moutons noirs». Pourtant, les cas commencent à s’accumuler. Le gratuit «20 minutes» évoque une nouvelle condamnation et pas des moindres: Jean-René Germanier aussi s’est fait épingler par le Contrôle fédéral des vins.

Conseiller national radical, le Valaisan a présidé le Conseil national en 2010/2011. Ingénieur œnologue, il est propriétaire de sa propre cave qu’il gère avec son neveu Gilles Besse, lequel préside l’association Swiss Wine Promotion. Pour dire qu’il ne s’agit pas d’amateurs.

Selon 20 minutes, les experts du contrôle fédéral des vins ont trouvé le 26 mars des crus non conformes dans les caves de la société de Vétroz.

Gilles Besse précise que les trois infractions constatées en mars portent sur des assemblages de millésimes, autorisés à hauteur de 15%. Les contrôleurs ont mis en évidence un coupage de 15,56%. 584 bouteilles d’Oeil-de-Perdrix ont immédiatement été sorties du marché.

Le gratuit écrit en outre qu’il y avait déjà eu des avertissements. Jean-René Germanier a écopé d’une amende de 2500 francs pour des contraventions – par négligence – à la loi sur les denrées alimentaires. «Négligence comptable», précise Jean-René Germanier à «20 minutes».

Mais ça fait beaucoup de négligences. Et quand en plus elles sont «comptables», cela en devient un sujet tout cuit pour les humoristes du pays. 20 minutes parle de «loi des séries». Mais les cuves commencent à déborder de vin coupé et autres nectars litigieux. Et les réseaux sociaux s’animent. Qui pour défendre Jean-René Germanier qui affronte les journalistes, contrairement à Dominique Giroud et rappeler que les quantités incriminées sont très faibles par rapport aux millions de litres traités par Germanier: on lit ainsi sur Facebook ce commentaire (que nous anonymisons): «Si vous le permettez, précisons que contrairement à Tobias Mathier, de Testuz vins, qui a fui, et continue de fuir les journalistes, à la mode Giroud, MM Germanier et Besse affrontent et fournissent des explications […] Ce nouveau cas montre qu’il faut oublier l’image d’Epinal du vigneron sympa au nez rouge (à la Burki) dans sa cave de fûts de chêne. […]»

Qui pour ironiser: «… Ah, il est des nôôôôtres, il a coupé son vin, comme les ôôôtres…

Dimanche dernier, l’émission «Mise au Point» de la TSR révélait que les Caves Testuz, dans le Lavaux, avaient été dénoncées pour des fraudes. Elles auraient dissimulé 900 litres pour une valeur de 4000 francs. L’acte aurait été commis par un des œnologues, à l’insu de son directeur Tobias Mathier, qui fait par ailleurs partie du Conseil de fondation du contrôle fédéral des vins.

Le contrôle fédéral des vins est d’ailleurs sous pression depuis les révélations sur l’affaire Giroud. Manque de moyens, d’autorité, de coordination, de suivi des affaires. En février dernier, l’organisation indiquait avoir dénoncé 18 fraudes majeures en Suisse, sans dire de qui il s’agissait. Les suites judiciaires? Des fois le contrôle des finances en est informé, des fois pas. Ça dépend. «Je ne peux pas répondre de manière exhaustive à cette question», indiquait Philippe Hunziker, son directeur.

Mais qu’on se rassure. Les gens de la vigne vont reprendre les choses en main. En mars dernier, le parlement valaisan adoptait un postulat pour interdire le coupage de la Petite Arvine, un produit AOC. Parce qu’elle était aussi coupée? Oui, jusqu’à 15% d’ajout d’un autre vin – évidemment moins cher – est autorisé. Les vins vaudois, eux, partent à la conquête du monde, à suivre les tribulations de Pierre Keller. Là où on met des glaçons dans son vin?

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