Donc, Lausanne a dit non à Taoua. Et tout «semble s’être joué ces deux dernières semaines», selon 24 heures, qui enterre la tour sur deux pleines pages surmontées de ce joli titre: «Les Lausannois écartent la tour Taoua de leurs vues.» Car la montée des ballons gonflés à l’hélium qui marquaient dans le ciel les futurs contours de la tour a pu être un facteur déterminant. «Ça fait quand même haut», a souvent entendu le journal… Résultat: «Lausanne dit non à la tour infernale du PS et du PLR», selon 20 minutes – la messe est dite: une tour moche et politique.

«La pédagogie a butté sur l’esthétique, comme si la vue et la joliesse devaient toujours plus compter que les impératifs d’économie, de logement, de formation. Ce vote a quelque chose du caprice d’enfants gâtés, de Peter Pan qui ne veulent pas grandir», commente Chantal Tauxe dans son blog hébergé par L’Hebdo , qui reprend donc implicitement à son compte les critiques souvent entendues sur l’aspect monolithique et peu innovant de Taoua, avant de conclure: «Pour Lausanne, c’est clairement une occasion manquée». «Best-seller lausannois après Taoua: A la recherche du temps perdu, aux Editions Mon Village», ironise dans la même veine le socialiste François Cherix, sur son compte Twitter. «Lausanne vote contre le mitage du territoire et vote NON à la Tour Taoua. Allez comprendre la logique. Il n’y en a pas!» pour Christophe Darbellay, toujours sur Twitter, qui continue: «Les Verts devraient proposer de construire une tour souterraine. Sans rancune pour les marmottes.»

Tour de chauffe sur Twitter

L’amertume du président du PDC a d’ailleurs donné lieu à un véritable «twitt clash» dimanche après-midi, une de ces luttes numériques qui commencent à faire du réseau social un véritable lieu de débats. Car il s’est attiré une véritable volée de bois – vert, bien sûr: Les tours ne sont tout simplement pas le meilleur moyen de densifier!! C’est une conception dépassée! ont ainsi rétorqué les Verts lausannois, qui se disent «à disposition» pour lui expliquer. «Quand @C_Darbellay a une petite rage à passer suite à son désaveu public d’hier, c’est la démocratie qui ramasse. Classe.» a aussi réagi Benoît Gaillard, le coprésident du comité de soutien qui se montre beau joueur: Un bravo public et particulier pour @taoua_non qui a mené une récolte et une campagne dignes de respect et d’admiration! Pour lui, «le résultat est assez serré pour que les uns n’écrasent pas les autres», ce qui doit laisser ouvert l’avenir.

Ce que conteste absolument l’ancien popiste Julien Sansonnens, qui félicite «l’audace» des Vaudois: «Il s’en trouvera pour juger le vote serré: la victoire, en réalité, est franche, massive, sans appel, écrit-il sur son blog. La quasi-totalité des partis politiques, l’ensemble des médias locaux, les associations économiques, l’Asloca, les autorités politiques de droite comme de gauche, tout ce que la ville compte de people, «communicants», personnalités, architectes en vue, patrons et autres huiles plus ou moins essentielles: ils étaient tous pour, ils n’ont pas ménagé leurs efforts… et pourtant le peuple vient de refuser la tour Taoua. On dit les Vaudois mesurés et consensuels, on les découvre cet après-midi – et avec quel plaisir – frondeurs et farouchement indépendants d’esprit!»

Tour de table

Frondeurs, indépendants, les Lausannois? Certains commentaires semblent plutôt pointer leur réticence devant la nouveauté. «Depuis 89 (maj gauche) les Lausannois ont refusé Taoua, Vélodrome, Collège de l’Hermitage, fin de l’aéroport de la Blech’, local d’injection», note ainsi le journaliste Laurent Caspary sur son compte Twitter. A ne pas manquer dans 24 heures, une très intéressante «timeline» de tous les projets urbanistiques soumis à votation à Lausanne depuis 1925, première année de ce type de scrutin: il en ressort que sur 16 projets soumis au vote, 5 seulement ont été acceptés… «Le processus politique de la dém. directe ne suffit plus pour les grds projets», selon le twittos Marc M., dont l’échange avec le président des Verts lausannois Vincent Rossi sur les démarches participatives mérite le détour – si on ose dire. Comment donner tous les éléments d’appréciation au peuple avant de l’interroger? «Le sort des tours dans la région reste difficilement explicable», écrit benoîtement de son côté Le Matin , qui reprend in extenso une dépêche de l’ATS: «Bussigny a refusé la sienne en septembre 2012, mais Chavannes-près-Renens a dit «oui» à son projet en février dernier, à la surprise générale.»

Ce qui est sûr, c’est que «l’avenir de Beaulieu sera recadré juste après Pâques», lit-on encore dans 24 heures , qui explique qu’il faut «immédiatement relancer la machine». Car MCH, l’exploitant du site Bonlieu-Lausanne, a des besoins hôteliers «impératifs». Il faudra d’ici là que Verts et socialistes s’entendent, et partagent. «C’est un rejet spécifique, celui de la tour Taoua de Beaulieu, pas du dynamisme lausannois», affirme Grégoire Junod, le municipal socialiste, responsable du logement et de la sécurité. Une proposition signée des Verts et des socialistes invite la municipalité à intégrer les halles nord et les abords du site de Beaulieu à la réflexion. La tour, prends garde!

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