On a du mal à le croire, et pourtant: il se murmure qu’Homo touristicus fera son grand come-back cet été. Les vols low cost pour Barcelone sont pleins, les croisières all inclusive dans les Cyclades aussi. Sans doute ne dépassera-t-on pas les 33 millions de visiteurs en Grèce comme en 2019, ni les 12 millions la même année dans la seule capitale catalane. Mais vu l’effervescence déjà ressentie à Pâques dans toutes les destinations les plus courues, il y a de bonnes chances pour que l’été ramène les chiffres du tourisme au statu quo ante bellum (comprenez: la guerre contre le covid – pas celle en Ukraine).

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On a du mal à le croire, parce qu’autour de nous on a tout de même observé quelques changements de comportements significatifs, post-covid: par exemple, beaucoup de gens ont davantage de mal à s’engager très à l’avance. De nombreuses personnes se montrent moins tolérantes au stress, et d’une manière générale, plus sensibles. D’aucunes, d’aucuns se sont découverts agoraphobes, voire écologistes. Or, pour pratiquer le tourisme «à l’ancienne», c’est-à-dire en masse, à grand renfort d’A319 ou de paquebots de 20 étages, non seulement il faut réapprendre à réserver mais il faut aussi accepter de se soumettre à des procédures d’embarquement encore plus fastidieuses que dans le monde d’avant. Tout cela pour se retrouver à baigner dans l’odeur âcre des foules estivales. En plein cagnard. Avec des kilos de CO2 sur la conscience.

Sans culpabilité

Alors, si malgré tout cette forme de voyage repique, on en conclura, provisoirement, que l’ADN d’Homo touristicus n’est pas également distribué au sein de la population. A force de croisements ou de pandémies, peut-être finira-t-il par disparaître, comme celui d’Homo neanderthalensis? En attendant, celles et ceux qui seraient déjà entièrement dépourvus du gène du tourisme – et qui n’auraient donc rien prévu, encore, pour cet été – profiteront de glaner dans ce magazine de quoi passer des vacances non loin d’ici, sans nuisances ni culpabilité. Sans grande planification non plus. A pied, en camping-car, pour se rendre utile ou regarder les étoiles. Tout nu en compagnie d’un alpaga, éventuellement. Bonnes vacances!


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