Il y avait beaucoup de choses à dire cette semaine. J’aurais pu vous parler de Greta Thunberg, élue personnalité de l’année par le magazine Voiles et Voiliers. A propos de ce choix, j’aurais pu enchaîner sur le énième tweet outré du président orange, désormais vert de rage. J’aurais aussi pu m’amuser du choc frontal annoncé entre le Grand Genève et la grève générale, quelque part sur le trajet du Léman Express.

J’aurais encore pu revenir sur la banane à 120 000 dollars, scotchée contre un mur par un artiste, avant d’être engloutie par un autre. Je vous aurais annoncé que les enchères seront bientôt ouvertes à Art/Basel Miami pour qui souhaiterait acquérir l’estomac du glouton, dès que Damien Hirst l’aura figé dans un cube de plexiglas. Nous aurions ainsi pu gloser sur l’art contemporain, devenu le sanctuaire du crétinisme argenté et globalisé.

Mais vous l’avez compris en voyant défiler les conditionnels passés, c’est une autre nouvelle qui a retenu mon attention. Qui m’a même fait tomber de ma chaise, pour être honnête.

Des inepties comme des noix sur un bâton

Définitivement condamné en France pour provocation à la haine religieuse après des propos anti-musulmans à faire pâlir de jalousie l’extrême droite israélienne, Eric Zemmour – journaliste devenu polémiste, puis clown – a décidé de saisir la Cour européenne des droits de l’homme. Zemmour compte sur la CEDH pour rétablir son droit à la liberté d’expression, en l’occurrence celui d’aligner les inepties comme des noix sur un bâton.

Rembobinons, grâce à nos confrères du Point. Au sujet de la CEDH, le sémillant recourant lâchait il y a peu cette sentence tonitruante: «La jurisprudence de la Cour depuis des années a ligoté l’Etat jusqu’à le rendre aveugle, sourd, paralytique. Corseté par la jurisprudence, il est comme Gulliver empêtré…» Je n’invente rien. A entendre Zemmour, les juges de Strasbourg «imposent leur idéologie au pouvoir politique» et «foulent aux pieds la démocratie». Droit-de-l’hommisme contre souveraineté nationale, droit tout court contre volonté populaire, Strasbourg contre Paris, eux contre nous: vous connaissez la musique.

Un secret dévoilé

En clair et pour le dire poliment, avant d’avoir personnellement besoin d’elle, le petit polémiste muselé n’aurait pas été contre un démantèlement musclé de l’institution. Il compte aujourd’hui sur sa jurisprudence, celle qui rend aveugle et qui corsète, donc, pour lui rendre justice en condamnant la France.

Je vais vous dire un secret: j’espère qu’il aura gain de cause. Juste pour le plaisir de voir Eric Zemmour sauvé par les droits de l’homme et l’ordre juridique international. C’est-à-dire sauvé de tout, sauf du ridicule.


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