Editorial

La toute-puissance des actionnaires

Le rachat de Syngenta par ChemChina a été entériné lundi à Bâle. La transaction a eu lieu sous l’impulsion des actionnaires. Ces derniers devraient maintenant s’allier à la Confédération afin d’obtenir la réciprocité de la Chine

Syngenta, un fleuron du paysage industriel suisse, est passé en mains chinoises lundi avec la consécration de Ren Jianxin à la présidence de son conseil d’administration. C’est l’aboutissement d’un processus qui a démarré en 2015 par l’offre d’achat publique hostile de l’américain Monsanto, son principal concurrent. La multinationale suisse l’a repoussé et célèbre maintenant son mariage avec ChemChina.

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Ce rachat met en lumière le pouvoir des actionnaires qui ont été attirés par l’appât du gain immédiat qu’a promis ChemChina. Ils ont poussé le conseil d’administration à vendre l’entreprise au plus offrant. Que l’acquéreur soit chinois, américain ou de toute autre nationalité, qu’il soit étatique ou privé, cela ne change rien à la couleur de l’argent.

Patriotisme économique français

En France, une telle transaction aurait soulevé beaucoup de passions. Syndicats, politiques et associations diverses seraient descendus dans la rue au nom de la défense des champions nationaux. Le président Emmanuel Macron ne vient-il pas lui-même de se prononcer contre l’acquisition des entreprises stratégiques par des capitaux étrangers?

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Un tel réflexe est inimaginable en Suisse. La Confédération ne se mêle pas des affaires courantes d’entreprises privées. Et les actionnaires suisses de Syngenta qui auraient pu être tentés de bloquer le rachat ont bien compris qu’il est ici question de choix rationnel et pas de patriotisme économique. Si la Suisse procure des avantages à Syngenta, désormais en mains chinoises – stabilité, cadres qualifiés, conditions d’accès au marché européen, etc. – en retour, l’entreprise emploie à Bâle et Monthey et paie ses impôts en Suisse, et ce, quels que soient ses propriétaires.

Entreprises helvétiques achetées par des Chinois

Mais la Suisse ne peut toutefois pas rester les bras croisés. L’accord de libre-échange entre Berne et Pékin, en vigueur depuis janvier 2014, a ouvert la voie à la circulation la plus libre des capitaux entre les deux pays. La Suisse a respecté sa part du contrat en ne se mêlant ni du rachat de Syngenta, ni de celle de plus d’une dizaine d’entreprises helvétiques (Swissport, Swissmetal, Saurer, Addax, Corm, Eterna, Saia-Burgess…).

Maintenant, c’est à Berne de saisir cette occasion et de s’assurer, après ce nouveau signe d’ouverture, qu’il y ait réciprocité. De nombreux secteurs – énergie, aéronautique – en Chine sont fermés aux capitaux étrangers. La Confédération devrait s’allier avec l’Union européenne pour exiger que les flux des capitaux ne soient pas unidirectionnels.

Dès lors, les actionnaires suisses doivent faire pression au niveau politique afin de briser les obstacles aux investissements en Chine.

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