Revue de presse

«Toy Story», la saga si intelligente qui transcende les générations

Depuis 1995, la tête de gondole de Pixar, c’est «toujours la même chose, mais toujours aussi bien». Alors qu’il était risqué, l’opus conclusif des jouets qui ont leur propre vie ne déçoit pas, et de loin, la critique

Des cassettes vidéo usées jusqu’à la corde, des DVD tachés de sirop… Qui a eu des jeunes enfants puis des ados à la maison dans les années 1990 et 2000 ne le démentira pas: quelle passion intergénérationnelle, alors, pour Toy Story! Ces dessins animés révolutionnaires mille fois regardés et chantés en chœur avec CharlElie Couture (en version française): «Ton ami, c’est moi/Tu sais, je suis ton ami/Quand tout s’embrouille, en vadrouille, loin, très loin de ton lit douillet/Rappelle-toi ce que ton vieux pote disait/Oui, je suis ton ami/Oui, je suis ton ami»…


Une saga cinématographique


«Vingt-quatre ans après le premier volet, neuf après le précédent, les jouets héros […] reviennent plus en forme que jamais», selon la chaîne LCI. C’est sans doute cela, le miracle. «On a tendance à reprocher au cinéma américain actuel son côté enfantin, sinon puéril, vampirisé par les franchises qui génèrent autant sinon plus d’argent dans les magasins de jouets que dans les salles de cinéma. Mais la saga Toy Story, elle, porte «une douce mélancolie qui la distingue du lot depuis le premier volet. […] Ses spectateurs ont grandi. Certains sont devenus parents et risquent bien d’éprouver une certaine nostalgie» à revenir à ces origines qui souvent leur ont arraché des larmes, comme à papa et à maman.

Et de poursuivre: «Depuis le premier épisode imaginé et réalisé par John Lasseter, une petite révolution en son temps, les studios Pixar n’ont cessé de repousser les limites de l’animation 3D, au service d’histoires plus matures que la moyenne des productions du genre» et qui prônent, «sous le vernis du divertissement virtuose admirablement mis en scène, le sens du devoir, le respect de la différence et le désir d’émancipation. Un double niveau de lecture renforcé par une multitude de références à la pop culture qui ravira notamment les amateurs de films de genre.»

Inspiré de films en images réelles

C’est ce qu’explique très bien La Libre Belgique dans le long format web qu’elle a mis en ligne lundi, «Comment Toy Story a changé le cinéma». Selon elle, «l’image numérique, en 1995, est encore peu familière. […] Il faut éviter que l’œil du public soit déstabilisé par une esthétique trop artificielle. Le danger de la caméra virtuelle est qu’elle permet de tout faire, même ce qui serait impossible dans un film en images réelles.» Alors…

Au contraire, Lasseter fixe pour règle de singer les mouvements classiques du cinéma: panoramique, travelling, champ-contre-champ

Il prend ainsi «pour modèle des scènes de films classiques ou des techniques de mise en scène de réalisateurs célèbres. Pour développer les scènes et les personnages, on s’inspire de films en images réelles, classiques du cinéma. On baptise «Branagh-cam» un mouvement de caméra qui encercle un Woody coupable d’avoir provoqué la chute de Buzz – copié du Frankenstein de Kenneth Branagh – ou «Michael Mann-cam» celui où la pseudo-caméra est fixée au pneu ou à l’avant d’un véhicule – comme dans les poursuites de la série Miami Vice produite par Mann. La poursuite finale est nourrie de celles de French Connection et Bullitt.»

Au-delà de la technique, dit Franceinfo, Toy Story «est toujours imprégné de l’esprit de solidarité, de fidélité et de sacrifice qui en constitue le fond. Il ne tombe pas pour autant dans le simplisme: grands et petits y trouveront leur compte. Notamment dans des clins d’œil à Shining (1980) de Stanley Kubrick.» C’est «toujours la même chose, mais toujours aussi bien», résume pour sa part Le Point. D’ailleurs, «le box-office nord-américain est un jeu d’enfant» pour ce nouveau prodige de l’animation 3D, «qui s’est imposé à la première place avec près de 121 millions de dollars de recettes dès son premier week-end d’exploitation», expliquent l’AFP et, entre bien d’autres, Variety.

Le JournalDuGeek.com juge aussi que Toy Story 4 «évite l’erreur de l’épisode de trop avec un humour maîtrisé à la perfection, une direction artistique léchée et un scénario judicieusement amené. S’il s’avère moins pertinent que son prédécesseur comme conclusion de la saga, le film prouve une nouvelle fois à quel point Pixar maîtrise son sujet et incarne à l’heure actuelle l’un des meilleurs studios d’animation du monde. Une véritable montagne russe d’émotions, mais surtout du divertissement à l’état pur. Un film familial à voir de toute urgence.»

«C’est la fin de la saga pour enfants la plus sympa», pense pour sa part le critique du site 7sur7.be. «Même si les créateurs avaient déjà dit ça pour le troisième volet et qu’on en est au quatrième […]. Les critiques américaines le juraient: tout le monde allait pleurer dans les dernières minutes du film tant le dénouement était remuant […]. Certains se demandaient même si Pixar avait osé tuer l’un des personnages principaux pour que tout le monde sorte le kleenex… Verdict: non, personne ne meurt et non, je n’ai pas pleuré. C’est même tout l’inverse qui s’est produit: j’ai ri, tout le temps, et jusqu’au générique de fin, excellent.» C’est aussi ce que dit le Washington Post: «Non, vous n’êtes pas mort à l’intérieur si vous ne pleurez pas»…

Comme le dit ce journaliste californien, «quelle chance avons-nous eue d’avoir grandi avec ces jouets, et grandi comme eux aussi». Si Le Soir de Bruxelles s’est laissé «cueillir encore une fois», Le Monde «ne parvient toujours pas», lui non plus, «en dépit du mauvais esprit prêté aux critiques et des efforts désespérés pour s’en montrer digne, à s’en lasser». Car ces jouets-là «rappellent les humains à l’idéalisme de leur enfance oubliée, et plus fondamentalement aux devoirs de leur humanité même. Un véritable syndrome d’abandon ouvre à ce titre chaque film, taraudant des jouets qui craignent tout à la fois»:

Leur obsolescence temporelle et le tarissement affectif de leur propriétaire

Mais «ce premier paradoxe se double d’un second», selon l’analyse du quotidien français. «Qui veut que le nec plus ultra de la technologie par ordinateur tel que Pixar l’incarne produise, de Toy Story à Wall-E, une apologie de la résistance et de la décélération: charme du jouet ancien, pérennité des fictions d’antan, valeur de l’artisanat et de la pièce unique, recyclage des déchets.» Bref, un «joujou extra et inusable», pour Le Figaro.

Un divertissement haut de gamme

Plus critique, Première juge que «la belle idée», c’est «de resserrer l’intrigue sur la quête existentielle de Woody, désormais privé de son rôle de leader (peut-il s’inventer une nouvelle vie et penser à lui avant les autres?). Une aventure intérieure rythmée, qui semble cependant avoir une peur panique de sa propre dramaturgie, systématiquement désamorcée par des passages comiques aléatoirement drôles (le duo de peluches fantasques).»

Las, «le réalisateur Josh Cooley semble n’avoir aucune ambition de raconter quoi que ce soit à travers les scènes d’action, qui se transforment dans la deuxième partie du film en péripéties répétitives, destinées à rallonger la sauce et à donner à quelques personnages secondaires une raison d’exister. Reste un divertissement haut de gamme, visuellement ébouriffant.» Bref, comme le disent encore Les Inrocks, au final, cette saga culte «a su allier performances techniques inouïes, sous-textes politiques puissants et références littéraires inspirées».


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