Revue de presse

Tragiques, ces précieuses ridicules qui se cherchent des chefs à Bruxelles!

Les médias ne sont pas tendres avec les chefs d’Etat et de gouvernement qui discutent comme des «maquignons» pour trouver la nouvelle équipe dirigeante de l’Union européenne. Qui demeure pour l’heure… introuvable

Après l’échec de leur nuit de marchandages, les 28 de l’UE doivent (?) tomber d’accord ce mardi sur leur nouvelle équipe dirigeante, pour éviter de prêter le flanc aux attaques des populistes en offrant cette image douloureuse d’une Europe sans gouvernail. Les chefs d’Etat et de gouvernement se retrouvent donc dès 11h à Bruxelles, qu’ils ont quittée lundi après dix-huit heures de négociations infructueuses, échouant une nouvelle fois à s’accorder sur le quartette des postes clés de l’UE: présidence de la Commission européenne, du Conseil, du Parlement et haut représentant pour les Affaires étrangères.


Sur ce même sujet:


Dans ce chaos diplomatique, Le Figaro n’est pas tendre, qui rappelle cette «boutade prêtée à Henry Kissinger»: «L’Europe, quel numéro de téléphone? ironisait le pape de la géopolitique alors que l’Union européenne en pleine émergence ressemblait à une agrégation d’Etats sans visage.» Aujourd’hui, «à force de dysfonctionner», cette UE est «au bord de la paralysie». […] Le couple franco-allemand, force indispensable pour faire avancer les compromis, est en panne. Au bout du compte, les Européens finiront bien par trouver un accord. Mais à quel prix? Cette crise démontre, s’il en était encore besoin, l’urgence» pour l’UE «de se réformer et de trouver les dirigeants qui sauront lui donner un nouvel élan».

L’électeur «broyé»

La Süddeutsche Zeitung, elle, déplore que jusqu’ici le Parlement européen fasse bien piètre figure dans l’attribution des postes à haute responsabilité. Cité et traduit par Eurotopics.net, le quotidien munichois juge que si ses groupes «s’étaient rapidement rassemblés autour d’une des têtes de liste, il aurait été bien plus difficile pour les chefs de gouvernement de remettre en cause ce principe». Alors, après coup, «les électeurs comprennent le message suivant: le bulletin que je dépose dans l’urne est aussitôt broyé par les rouages des institutions de l’UE et il est fort possible qu’à la fin de ce processus, celui qui s’assiéra à la place du chef n’ait même pas été candidat aux élections.»

La Croix est du même avis, pour laquelle «il faudrait qu’un tel processus soit davantage préparé en amont pour ne pas se retrouver publiquement» dans l’impasse. «Les remèdes ne sont pas faciles à trouver, car l’Union européenne subit ici les conséquences de sa double nature qui fait coexister des Etats membres avec un parlement et un exécutif communs. De ce point de vue, Emmanuel Macron a raison d’estimer qu’il ne faut pas élargir l’Union sans avoir trouvé des réponses aux problèmes actuels du fonctionnement institutionnel.»

Le jeu des «susceptibles»

Mais «le bras de fer engagé entre la France et l’Allemagne ne dessert pas nécessairement la cause de l’UE», explique le politologue Christophe Bouillaud sur le site Atlantico. fr: «En cas de blocage réel et persistant, il n’est pas sûr que cela ne renforce pas finalement l’Union européenne en obligeant les autres pays à s’impliquer plus dans le jeu […]. On se rendra peut-être compte que les dirigeants critiques de l’Union européenne (hongrois, polonais, italiens par exemple) y tiennent en fait bien plus qu’ils ne le disent.»

En attendant, s’énerve L’Union, dans la «canicule bruxelloise», on assiste, médusés, aux palabres de ces «précieuses ridicules où, pincés, tous les susceptibles s’en donnent à cœur joie! Mais où va cette Union en osant, un nouveau parlement à peine élu, une telle image tragique d’impuissance et de négociations de maquignons pour se doter d’un exécutif cohérent et équilibré? […] Ceux qui vont arriver aux affaires seront d’entrée affaiblis par cette succession de petites intrigues»…

… tout cela est horripilant et résulte de caprices d’enfants gâtés privilégiant leurs petits intérêts aux enjeux d’une Union qui subit des procédures inadaptées, alors qu’elle devrait être en permanence dans l’action pour attester sa force devant la communauté internationale

En Slovénie, le quotidien Delo pense aussi que «la dernière des choses dont l’UE ait besoin est que ses institutions se livrent des batailles intestines et que la nomination des hauts responsables s’éternise. La lenteur de ses rouages est notoire, mais le reste du monde n’attend pas.» Et malgré tout ce qui a été dit sur l’avenir d’Angela Merkel, le quotidien letton Neatkariga indique que «dans la presse allemande et parmi les faiseurs d’opinion», la rumeur persiste que quand la chancelière «partira à la retraite, elle aura tout de même mieux à faire que de tricoter des chaussettes au coin du feu: qu’elle fasse donc présidente de la Commission»!

Des «contorsions stériles»

Quant à La Nouvelle République, elle juge qu'«on rit autant sans doute à Moscou, Washington ou Pékin de ces contorsions stériles autour d’ambitions usées. Elles nous font perdre notre temps et le sens même de notre histoire. Elles sont illusoires. Il n’en est qu’une qui vaille, celle qu’on nous avait promise lors de la dernière campagne. Une Europe plus simple et plus forte […] Cette même vieille tribu qui ne parvient pas à se gouverner, ni décider de rien», mais se congratule de son accord avec le Mercosur. Et de conclure:

Boris Johnson va encore ricaner, c’est exaspérant

Mais s’il n’y avait que lui, pour ricaner, ce ne serait pas si grave.


Retrouvez toutes nos revues de presse.

Publicité