éditorial

Le train fou du Brexit

ÉDITORIAL. Le chaos apparaît aujourd’hui total à Londres. Mais la situation présente aussi d’inquiétantes ressemblances, en Suisse, avec la négociation de l’accord institutionnel

La confusion s’est progressivement transformée en chaos. La première ministre Theresa May a beau avoir sauvé sa tête mercredi au terme de deux journées folles, elle avait connu la veille une humiliation pratiquement sans précédent dans l’histoire contemporaine du Royaume-Uni. Passé cet accroc, comme privé de conducteur, le train du Brexit n’en continue pas moins de s’enfoncer, toute cheminée fumante, dans un tunnel inconnu, dont personne ne peut garantir qu’il ne s’achève pas par un infranchissable mur en béton.

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Chargée de présenter un «plan B» aux contours jusqu’ici mystérieux, la cheffe des tories doit se soumettre lundi prochain à une nouvelle séance de torture à Westminster. Affichera-t-elle un entêtement suicidaire à défendre l’accord de divorce conclu avec l’Union européenne, si violemment rejeté par les parlementaires? Ouvrira-t-elle la perspective d’un délai au-delà de la date du 29 mars, qui servirait à se donner le temps de plancher sur une issue acceptable par une majorité du parlement? A l’heure qu’il est, nul ne le sait, peut-être pas même la première ministre elle-même.

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Contorsions politiques

Si l’impasse paraît aujourd’hui presque totale, c’est que l’obtention d’une majorité nécessiterait de telles contorsions politiques qu’elle pourrait valoir non seulement la fin politique définitive de Theresa May mais aussi la dislocation de son parti. Voire la désintégration du pays, si l’on retient l’hypothèse la plus pessimiste. Les raisons qui provoquent la tourmente actuelle de la démocratie britannique et sa gravité sont légion, au-delà de la responsabilité des apprentis sorciers qui en sont à l’origine: le manque d’habileté et de carrure de la cheffe d’orchestre le dispute au manque de cadre clair dans lequel s’est inscrit le débat pendant près de trois ans. Des cachotteries, des incohérences en cascade et, au final, une stratégie confuse qui cache mal la mauvaise évaluation du rapport de force réel qui prévaut entre le Royaume-Uni et l’Union européenne, nettement défavorable au premier.

Conformes à la tradition britannique, les débats qui ont lieu à Westminster sont hauts en couleur, presque exotiques. Mais cela ne doit pas faire oublier que, s’agissant des négociations sur l’accord institutionnel, la position de la Suisse n’est, aujourd’hui, guère différente de celle du Royaume-Uni dans la gravité des enjeux. A chacun, ici, de choisir parmi les causes du chaos britannique celles qui pourraient aussi nous concerner. S’y ajoute en outre désormais une affaire de calendrier: alors que l’Union européenne, malgré quelques accommodements prévisibles, aura toutes les raisons de continuer de se montrer intransigeante envers Londres, il est peu vraisemblable qu’elle affiche une attitude très différente vis-à-vis de Berne. Un peu comme si la Suisse risquait de se transformer en un simple wagon du train fou qui mène le Brexit contre le mur.

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