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Parmi ses combats de policier, il en est un qu’il a malheureusement perdu. Pétri d’un certain idéal républicain et d’un certain idéal tout court, il a tout fait pour que les gendarmes ne s’appellent plus les gendarmes, mais les gardiens de la paix.
© Keystone

Du bout du lac

Soyez tranquilles, la police vous tient en joue

OPINION. Il a suffi à notre chroniqueur de rouler sur le viaduc de Veytaux-Chillon pour soudain raviver le souvenir de son grand-père. Un gendarme socialiste qui n’avait pas les mêmes idées que les pandores contemporains

De retour, lundi, d’une excursion pascale dans les DOV-TOV [Départements et Territoires d’outre-Versoix], je respectais scrupuleusement les limitations de vitesse sur l’autoroute A9, entre Villeneuve et Vevey. (C’est-à-dire 120 kilomètres/heure. Ah, non, 80… ou 100? Attendez… là, c’est bien 120 normalement? Non? 95? Mais ça n’existe pas 95! Disons 70, dans le doute. Mais pourquoi il me fait des grands phares, celui-là?)

Arrivé à la hauteur de Veytaux sans autre souci que l’angoisse d’être jeté en prison par l’effet combiné d’une seconde d’inattention et de Via Sicura, un panneau jaune fluorescent me saute à la gorge, manquant me faire plonger dans le Léman. Je m’accroche et déchiffre la mise en garde. Sous un œil noir savamment stylisé, ce mot doux: «RADAR Depuis début des travaux 174 permis retirés».

Céder sa place aux vieilles dames, donc

Le temps de me demander pourquoi l’auteur de ce poème s’était accordé la licence d’oublier le «le» – déterminant pourtant peu envahissant – entre «Depuis» et «début», voilà que je me mets à penser à mon grand-père maternel. André Clerc, décédé à l’aube de sa 76e année il y a bien longtemps. Mon grand-père était gendarme (personne n’est parfait) et socialiste (personne n’est parfait). Président du Conseil municipal de la Ville de Genève en 1973, il m’avait notamment appris à céder ma place aux vieilles dames dans le bus 5. Autant vous dire que c’était un grand homme, ce que vous saviez déjà puisque c’était mon grand-père.

Une nuance de taille

Parmi ses combats de policier, il en est un qu’il a malheureusement perdu. Pétri d’un certain idéal républicain et d’un certain idéal tout court, il a tout fait pour que les gendarmes ne s’appellent plus les gendarmes, mais les gardiens de la paix. Parce que pour lui, la mission première du pandore n’était pas de flinguer son prochain ni de le tenir en joue, mais d’assurer sa sécurité et de maintenir la paix. Reformulé, il aurait été fier d’avoir évité un accident, pas d’avoir retiré un permis. La nuance est de taille.

Sur l’autoroute A9, lundi, j’ai donc imaginé la tête qu’il aurait fait en voyant ses successeurs lui hurler à la figure avec fierté qu’ils avaient déjà retiré 174 permis «depuis début des travaux». Le connaissant, il serait descendu dans son bureau sitôt arrivé à Genève. Il aurait sorti sa plume pour rédiger une lettre dans un français parfait à la hiérarchie. L’invitant, avec respect, à envisager deux mesures: mettre un Bescherelle à disposition de la brigade autoroutière et lui rappeler que le maintien de la paix et de la sécurité passe par deux obligations assez élémentaires: la politesse et la courtoisie. Bordel.


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© Gabioud Simon (gam)