Après les ors et les rites républicains, que faut-il retenir de la journée d’intronisation de François Hollande et de la nomination de Jean-Marc Ayrault comme premier ministre? Que la France a aujourd’hui à sa tête deux hommes politiques qui n’ont jamais exercé de fonction ministérielle? Ou que la France est désormais dirigée par deux socialistes au profil gestionnaire et travailleur, mesurés, au formalisme austère, ancrés en province, élus et réélus au suffrage populaire communal et régional, fidèles l’un à l’autre depuis de nombreuses années? Les deux. Novices dans la fonction, expérimentés dans la profession. Et surtout désormais exposés au feu de l’action.

François Hollande arrive au pouvoir au moment où l’Europe tangue à nouveau avec la nécessité en Grèce de nouvelles élections législatives pour former un gouvernement et le risque aggravé d’une faillite et d’une sortie de la Grèce de la zone euro. Les redoutables échéances sont là. Voilà qui oblige le nouveau président à un passage rapide de la théorie à la pratique, de l’idéal à la réalité. Sur le tapis rouge de l’Elysée, François Hollande n’a pas caché le diagnostic: «Je mesure aujourd’hui même le poids des contraintes auxquelles notre pays fait face: une dette massive, une croissance faible, un chômage élevé, une compétitivité dégradée.» Dans la foulée, il appelle à ses côtés le sexagénaire député-maire de Nantes Ayrault.

Les caricaturistes et polémistes de France moqueront très vite ce duo «président normal» foudroyé le jour de son investiture et premier ministre patiné et discret comme une «opération camomille», destinée à apaiser une France divisée, secouée, déboussolée, angoissée. Mais, dans l’attente de la composition gouvernementale, ce tandem, s’il ne définit pas encore une politique, laisse augurer quelques pistes: inspirer la confiance, afficher une solidité, manifester le pragmatisme, adresser un message à l’Allemagne – Jean-Marc Ayrault est germanophile –, synthétiser les courants du socialisme français en s’évitant de faire trop de place aux doctrinaires et aux incantations et… rassurer.