Editorial

Transformer la France, vraiment?

EDITORIAL. Le remplacement du ministre français de la Transition écologique Nicolas Hulot aboutit au contraire d’un big bang. Emmanuel Macron poursuit dans la voie des réformes avant tout destinées à libéraliser l’économie. Mais sa méthode interroge de plus en plus

Emmanuel Macron a raison de vouloir continuer sur la voie des réformes. Dans une France où les conservatismes ont la vie dure, où les partis politiques traditionnels rêvent de revanche, le locataire de l’Elysée voit juste en gardant le pied sur l’accélérateur des «transformations», afin d’accroître la flexibilité de l’économie et de réaliser sa vision d’un pays à la fois attractif et résolument européen.

Que l’objectif du quinquennat demeure justifié n’est toutefois pas une raison pour rester sourd aux réalités sociales et politiques, pour rejeter toute critique et pour se refermer sur sa garde rapprochée. Or telle est l’impression laissée mardi par le remplacement sans audace de Nicolas Hulot.

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Message jupitérien

Maintenu, le Ministère de la transition écologique aura désormais pour titulaire un élu sérieux, compétent, mais dont la capacité à peser sur le cours des choses s’annonce limitée. Plus préoccupant: Emmanuel Macron n’a pas saisi l’occasion pour remanier plus largement le gouvernement et rééquilibrer son flanc social. Son message aux «Gaulois réfractaires aux changements» est «jupitérien»: on ne change rien, la voie suivie est la bonne.

Cette attitude a un sérieux inconvénient. A force d’afficher son indifférence face aux mouvements d’opinion attisés selon lui par les médias et les corporatismes, le président quadragénaire se retrouve isolé, privé de l’atout maître que fut, lors de l’élection présidentielle de mai 2017, sa capacité à surmonter le clivage droite-gauche pour faire barrage à l’extrême droite.

L’ordinaire du pouvoir

En un an et demi de présidence, l’ordinaire du pouvoir a repris le dessus. Ce remaniement tactique ressemble presque à un arrangement à la François Hollande, ce prédécesseur dont Macron veut à tout prix se démarquer. L’ambitieux agenda présidentiel pour l’UE bute sur la montée des populismes. La majorité aux ordres n’apparaît pas encore comme une relève politique crédible. La politique économique d’inspiration libérale, saluée à l’étranger et justifiée pour relever le pays, est toujours aussi mal comprise. Le tout sur fond de verrouillage par cette haute administration dont le chef de l’Etat est un des purs produits.

Après avoir promis d’embarquer les Français à bord des «transformations», Emmanuel Macron semble en plus prendre du plaisir à réformer contre une grande partie d’entre eux. Ses ministres-techniciens peinent à s’émanciper des conflits d’intérêts. Sa confiance va à ses affidés. Sa capacité à se remettre en question apparaît proche de zéro. La «disruption» aurait-elle fait long feu?

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