Editorial

Transformer n’est pas oublier

Emmanuel Macron ne doit pas faire l’erreur de croire qu’une France nouvelle est assurée d’émerger. Sa réforme du marché du travail exige, pour être acceptée, qu’il ne se cantonne pas à un rôle de «Jupiter» hors sol

La formule est en passe de devenir la marque du quinquennat Macron. Dès qu’ils le peuvent, et ce fut le cas jeudi lors de la présentation des ordonnances destinées à réformer le marché du travail en France, Emmanuel Macron et son premier ministre, Edouard Philippe, réaffirment qu’ils ne veulent pas réformer le pays, mais le «transformer». Soit. Mais gare à l’illusion des mots. On ne transforme pas comme ça les mentalités, les habitudes ou l’héritage de plusieurs décennies d’attentisme. Et l’on ne répond pas aux peurs par des slogans, si habiles soient-ils…

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L’enjeu, pour le jeune président français, est désormais de démontrer qu’il n’est pas seulement un chef de l’Etat efficace, capable d’insuffler à l’Hexagone la vitalité de sa jeunesse et l’efficacité de sa compétence. Son constat, juste, d’une France économique bien trop handicapée par l’accumulation souvent désordonnée de législations sociales contraignantes ne doit pas le conduire à n’écouter qu’un camp, et à s’en remettre seulement aux exigences de ses amis banquiers et ex-condisciples du Ministère des finances.

Il lui faut retrouver, à l’issue d’un été marqué par plusieurs polémiques – fort relayées sur Internet – sur le statut légal de son épouse ou sur ses frais de maquillage, ce goût de la rencontre, de l’échange et du rassemblement qui fit le succès de la campagne d’En marche!.

Il est ridicule, après trois mois d’exercice du pouvoir, d’affirmer que le locataire de l’Elysée est déjà naufragé en raison de sa prétendue impopularité. Emmanuel Macron a raison de se tenir à distance des sondages, et les critiques des journalistes politiques en manque de rumeurs ne sont pas nécessairement annonciatrices de tempêtes à venir. L’important, en revanche, est que la tonalité positive de son message pro-entreprise et pro-européen ne soit pas ruinée par une coupure sociale croissante, et par l’impression que son gouvernement ignore les inquiétudes de tous ceux qui, le 7 mai, n’ont sans doute pas voté pour lui. La France ne pourra se transformer que si, en province, dans les villes moyennes, au sein des classes populaires et des quartiers, les changements engagés sont bien compris et bien acceptés.

Transformer n’est pas oublier. Transformer n’est pas qu’une affaire de textes législatifs. Transformer impose de ne pas se cantonner dans un rôle de «Jupiter» hors sol. Un tel défi exige un leadership présidentiel mâtiné d’empathie et de capacité à démontrer que, dès le début de ce quinquennat si imprévu et inattendu, les jeux ne sont pas déjà faits entre les perdants et les gagnants économiques du «macronisme».

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