Il y a une blague qui tourne dans la Silicon Valley. Quand une start-up ne trouve vraiment pas d’investisseur, elle se tourne vers l’Europe, et là, il y a toujours un gogo pour payer. C’est une réalité et encore plus dans le sens inverse. Quand une firme est véritablement prometteuse sur le Vieux Continent, elle trouve toujours un regard beaucoup plus compréhensif ailleurs qu’ici.

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Dans le cas de la Suisse, les observateurs de la scène de l’innovation ne comptent plus les jeunes pousses parties sous d’autres cieux. Faut-il alors pour les retenir inventer un nouveau fonds d’investissement, une fiscalité originale, ou allouer des ressources supplémentaires à la recherche?

Le projet apparaît beaucoup plus vaste. Il y a toute une culture à changer pour que le thème de la transformation numérique soit pris au sérieux en Suisse. Nous sommes en retard. Les médias ont pris trop tardivement ce dossier en main, les grandes entreprises ne s’y sont sensibilisées que très récemment, les milieux politiques commencent tout juste à intégrer le vocabulaire adéquat dans leur communication et l’egouvernance n’en est qu’à ses balbutiements.

Nous sommes pourtant en plein dans la quatrième révolution industrielle. Il ne s’agit pas cette fois-ci de pousser les intérêts d’un lobby contre un autre dans l’arène politique. Nous assistons à un changement structurel de notre manière de vivre, en ce qui concerne l’économie de nos sociétés mais aussi toute notre organisation sociale et politique. Cette révolution impose de penser le pays autrement. Ces prochaines années, notre identité va en être profondément bouleversée, alors que tous nos référents s’effacent déjà devant de nouveaux standards.

Le débat sur la religion, encore vif il y a cinquante ans, n’existe plus aujourd’hui. Celui des langues s’éteint doucement au fur et à mesure que les nouvelles générations parlent de plus en plus anglais entre elles. Bientôt, ce ne sera plus notre capacité à nous ouvrir ou pas au monde qui définira les lignes de fracture dans la société, mais la mesure de notre appétit pour l’innovation. Pour se transformer en acteur heureux de la transformation numérique, la Suisse doit appliquer un plan stratégique ambitieux et ne pas se contenter d’effets d’annonce à propos de mesures sectorielles. C’est le combat d’une génération.