Opinion

Transgenres, transsexuels et transphobie: confronter l’idéologie aux faits

La question fondamentale que posent les transgenres est celle de savoir s’il faut les aider à transformer leur corps pour qu’ils puissent se conformer à la perception qu’ils ont de leur identité ou s’il faut au contraire les aider à acquérir une perception de leur identité qui soit en harmonie avec leur corps, écrit Christian Bibollet

La nouvelle eut un retentissement international. Le 1er juillet 2015, Bruce a demandé qu’on l’appelle désormais Caitlyn, Caitlyn Jenner. Et là, en première page d’un prestigieux magazine, on pouvait admirer son exploit. Champion du décathlon aux JO de 1976, il apparaissait, quarante ans plus tard, physiquement métamorphosé, exhalant la grâce et la sensualité d’une actrice de cinéma. Face à une aussi prodigieuse transformation, certains ont pu penser qu’une gigantesque barrière à leur épanouissement personnel venait de tomber.

Depuis son enfance, l’homme court après les oiseaux pour les attraper. Et en les voyant s’envoler, il s’est pris à rêver de les imiter. De la «machine à voler» de Vinci, aux prototypes des Frères Wright, aux engins supersoniques actuels, les progrès technologiques ont complètement dépassé les rêves les plus extravagants de ces pionniers. Mais parachutistes, parapentistes, vélideltistes et wingsuiters essaient de se rapprocher encore un peu plus de ce rêve. Et, l’espace d’une descente, ils partagent l’esprit de leur animal totem. Ils sont «aigle» ou «gypaète».

Une fois revenus sur terre, ils sont néanmoins les premiers à reconnaître que tout cela n’est qu’un jeu, qu’une forme de sport extrême où il arrive à certains de laisser leur vie.

Idéologie «transhumaniste»

Mais, depuis peu, d’autres ne parlent plus de jeu. Il semble en effet qu’un nombre croissant de gens soit absolument résolu à effacer définitivement la frontière entre rêve et réalité. Devenir «oiseau», expliquent-ils, n’a rien de ludique. C’est une aspiration existentielle, un besoin de se libérer des stéréotypes sociaux qui monte du plus profond de leur être et les pousse à transformer leur corps afin de devenir ce qu’ils sont persuadés d’être réellement. Pour cela, médecins et laboratoires doivent œuvrer à l’avènement de leur identité authentique afin que leur poussent bec, plumes, ailes et griffes.

Pascal a mis en garde contre la tentation de vouloir s’élever au-dessus de la condition humaine en se prenant pour un «ange»

Un «projet» aussi radical ne laisse jamais indifférent. Parents et proches sont souvent tourmentés par de multiples questions et par un vrai souci de l’avenir de ces personnes. Malheureusement, leur choix n’est pas toujours ouvert au débat. Questionner la perception qu’ils ont d’eux-mêmes et leur projet de vie – points tellement sensibles – ne fait pas nécessairement de vous leur ami. Et affirmer que malgré la transformation de leur apparence physique, ils ne pourront jamais voler de leurs propres ailes peut très vite être interprété comme un discours outrageusement «conservateur» ou «haineux».

Le plus intrigant, c’est que ce «rêve de toute puissance» a déjà très largement gagné la sympathie d’un public qui va de l’université à la presse populaire. Ce rêve est devenu, par infusion progressive, un des fondements d’une idéologie «transhumaniste» qui clame qu’il n’y a pas de limite à ce que l’être humain peut devenir. Le rêve, aidé de la technologie appropriée, doit donc permettre de voyager à l’intérieur de la galaxie du «genre» pour y visiter les différentes planètes qu’on espère y trouver.

Le «principe de réalité»

L’imagination et l’audace sont de précieuses qualités. Mais il faut à un moment reconnaître que nous n’échappons pas au fait que le «principe de réalité» reste le juge ultime de nos créations. De respectables ancêtres nous ont déjà prévenus que la réalité finit toujours par nous rappeler les lois qui la fondent. Les Grecs, représentants par excellence du pouvoir de la pensée et de l’imagination, ont néanmoins admis quelques limites. Icare, l’homme-oiseau, s’est perdu en s’approchant trop du soleil. Et plus récemment, Pascal a mis en garde contre la tentation de vouloir s’élever au-dessus de la condition humaine en se prenant pour un «ange».

Est-ce que le taux de suicide élevé chez les «aventuriers du genre» n’est pas un tragique rappel du fait que les «rêves de toute puissance» sont ce qu’ils ont toujours été, des rêves, mais des rêves mortifères. On connaît l’objection. Non, c’est l’intolérance et le rejet de la société qui provoquent le désespoir de ces personnes! Par conséquent, ce que la société a de mieux à faire est de les accepter et de s’ouvrir à leur «rêve».

Démontrer la réalité du rêve

Mais est-ce si simple? La question fondamentale que posent les transgenres est celle de savoir s’il faut les aider à transformer leur corps – par des traitements hormonaux ou chirurgicaux – pour qu’ils puissent se conformer à la perception qu’ils ont de leur identité ou s’il faut au contraire les aider – par un suivi psychothérapeutique et spirituel – à acquérir une perception de leur identité qui soit en harmonie avec leur corps?

La réponse à cette question dépend étroitement de ce que nous croyons à propos de l’être humain. Est-il doté d’un genre «fixe» ou «fluide»? L’observation scientifique soutient la première affirmation. S’il est donc ici question d’idéologie, pourquoi vouloir l’imposer à tous, dès la maternelle, comme si c’était une loi naturelle? Plutôt que d’exiger que chacun se convertisse à ce nouveau credo, ses adeptes devraient s’atteler à la tâche de démontrer que leur rêve a plus de réalité que la réalité même.

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