Dans le cadre de la campagne annuelle de la ville de Genève contre l’homophobie, la biphobie et la transphobie, des affiches mettant en scène la richesse des corps queer ont essaimé dans les rues. Organisée chaque année depuis 2013, cette campagne vise à donner une visibilité aux communautés LGBTIQ +et à sensibiliser le public aux enjeux qui les concernent spécifiquement. Pour cette édition 2022, intitulée «Nos corps, nos fiertés», nous avons choisi, de façon affirmée, de mettre l’accent sur une thématique centrale: le droit de chaque personne à l’autodétermination et au respect de son corps. Le plus souvent invisibilisés, voire caricaturés, ces corps queers s’affichent de manière positive à la population, dans toute leur diversité – une façon légère et à la fois terriblement sérieuse de contrarier la vision qui leur est le plus habituellement réservée. Ces visuels ont été réalisés par des artistes qui sont aussi des personnes concernées et alliées. Bien loin d’une idéalisation ou d’une glorification, elles traduisent une réalité – leur réalité –, tout à la fois subjective et légitime. Avec un message à la clé: tous les corps sont beaux, tous les corps sont valides.

Faciliter l’accès aux ressources d’aide

Si cette campagne suscite une foule de réactions positives, certaines voix prennent son prétexte pour remettre en question le droit à l’autodétermination, particulièrement pour les personnes trans, comme l’illustre l’opinion parue le 12 mai dans le journal Le Temps. Elles y donnent l’impression d’une dérive dangereuse, en laissant insidieusement entendre que les associations détourneraient les jeunes vers la transidentité avec l’appui des pouvoirs publics.

Ces critiques sont l’occasion pour moi de réitérer la position de la ville de Genève, qui s’oppose fermement aux idées transphobes, homophobes et psychophobes, de même qu’à la diffusion d’arguments erronés, dangereux et sans fondement scientifiques ou pratiques. Ces thèses ont comme corollaire non seulement une stigmatisation des personnes trans, mais également une forte souffrance psychique. A l’opposé, la ville de Genève considère la transidentité comme faisant partie de la diversité des identités humaines et défend l’approche trans-affirmative, basée sur plus de quatre décennies de recherches sérieuses et documentées. Celle-ci vise la compréhension, la reconnaissance et le soutien de l’expérience du genre de chaque personne. Elle a démontré ses multiples bienfaits, notamment sur la santé psychique. Dans ce cadre, l’enjeu pour la ville n’est évidemment pas d’inciter qui que ce soit à entamer une transition, qui n’est d’ailleurs jamais, comme le laisse entendre l’opinion citée plus en haut, une décision prise à la légère ou sous l’effet d’une mode. Au contraire, l’objectif de la ville est de faciliter l’accès aux ressources d’aide et d’accompagnement dans leur parcours pour les personnes qui le souhaitent, au moment où elles en ressentent le besoin et de la manière qui leur convient. La ville se tient ainsi de manière claire et déterminée aux côtés des associations qui accompagnent les personnes dans leur parcours de découverte et d’affirmation de soi, avec bienveillance et respect de chaque individualité.

Continuer la mobilisation

Aujourd’hui, je tiens à réaffirmer ma conviction que les droits à l’autodétermination des personnes LGBTIQ +et au libre choix sur toutes les décisions qui les concernent ne peuvent et ne doivent en aucune façon être remis en question. C’est un combat juste, un combat permanent – à l’image du droit des femmes à disposer de leur corps, dont les avancées furent obtenues en leur temps de haute lutte par les milieux féministes. Il s’agit de droits essentiels, inaliénables, pour lesquels nous entendons continuer à nous mobiliser, à côté des associations qui réalisent avec professionnalisme un extraordinaire travail.

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