Nos démocraties sont saisies par le doute. Pourtant cette «fatigue démocratique» n’est pas inéluctable. Les incertitudes menaçant notre croissance offrent paradoxalement une alternative, c’est la transition écologique. Les acteurs politiques pressentent cette exigence et verdissent leurs programmes en se référant au concept ambigu du «développement durable» censé conduire vers ce devenir désirable. Ils n’ont cependant pas encore compris que ce n’est pas en ajoutant des briques durables dans leurs programmes qu’ils résoudront nos problèmes de développement.

En d’autres termes, la voiture électrique peut réduire les émissions de dioxyde de carbone mais ce n’est pas en accroissant sans fin le parc de voitures électriques que l’on répondra aux défis actuels. Il faut envisager une transition, c’est-à-dire une rupture avec un modèle de développement dépassé.

Nouvelle définition du vivre-ensemble

C’est en ce sens que les démarches locales revêtent une importance primordiale car la rupture dont nous avons besoin ne se décrète pas au niveau international, elle n’émanera que d’initiatives locales. Et l’antienne selon laquelle il n’est plus possible de vivre à crédit, il faut la traduire dans une autre vision du développement local.

L’empreinte écologique de Genève dépasse de très loin les ressources du canton. Il s’agit donc de stopper cette évolution avec trois objectifs principaux, premièrement, réduire l’artificialisation des sols, deuxièmement, repenser notre consommation avec la mise en œuvre de circuits courts, une alimentation saine sans pesticides et une protection de notre biodiversité et, troisièmement, contrôler notre démographie avec l’adoption de mesures économiques et fiscales conséquentes.

Ce sont les enjeux de notre survie. Ils impliquent une nouvelle définition de notre vivre-ensemble (avec une réduction des inégalités sociales), une nouvelle morale de gouvernement (avec des magistrats au-dessus de tout soupçon) et une autre relation de l’homme avec la nature.

Des citoyens se mobilisent et exigent des changements sans être entendus, parfois en violation des règles démocratiques

Vraisemblablement, cette rupture entraînera aussi une autre gouvernance et de nouvelles institutions. C’est dans cette conjoncture qu’il faut analyser le succès à Genève des deux référendums du Petit-Saconnex et du Pré-du-Stand. Les deux illustrent l’exigence de nouveaux paradigmes de développement. Et ce ne sont pas les seuls appels de la société civile en faveur d’une autre vision de notre développement.

Rappelons quelques-unes des nombreuses manifestations de mécontentement: le dossier du Plaza contre le projet d’Antonio Hodgers de construire un parking en lieu et place d’un centre de culture, l’affaire de la Sablière du Cannelet à Avusy, l’entêtement de Rémy Pagani contre la réalisation d’un espace vert et de sociabilité dans le nouveau quartier Sous-Bois en dépit de l’avis du canton et qui oblige les enfants à jouer dans la rue, la construction d’une Cité de la musique sur le site des Feuillantines dans un building daté de verre et d’acier, le Jeu de l’Arc, les petites maisons-ateliers de la rue de l’Avenir aux Eaux-Vives, les Communaux d’Ambilly, les Cherpines, etc. Sur tous ces dossiers, des citoyens, souvent en nombre impressionnant, se mobilisent et exigent des changements sans être entendus, parfois en violation des règles démocratiques.

«Changement d’ère»

En ce sens, le succès des deux référendums marque une étape significative d’une prise de conscience. C’est une première victoire de la société civile contre la pensée figée d’élites politiques qui n’ont pas saisi la nécessité d’un «changement d’ère». Sans évidemment impliquer que les membres de ces élites sont «pourris» comme le clame la rumeur populaire, ils sont de toute évidence dépassés par les enjeux. D’où cette forte revendication de «dégagisme».

Cette première victoire politique reste fragile. Elle devra encore être confirmée par d’autres votes populaires. Elle trouvera certainement un écho favorable dans la mobilisation des jeunes sur le dossier du changement climatique. Sans aucun doute, elle contribuera à d’autres mobilisations des forces vives de la population qui ont hâte que les choses changent et qui n’acceptent plus que nos élites se soumettent passivement aux intérêts douteux de promoteurs insensibles aux exigences éthiques qui, tant qu’ils le pourront, feront prévaloir leurs intérêts pécuniaires au détriment de notre planète et des générations futures.