LEs pieds dans le plat

La transition énergétique ne peut attendre l’épuisement des énergies fossiles

La situation actuelle est à la fois très simple et paradoxale: l’utilisation de l’ensemble des réserves d’énergies fossiles exploitables d’ici à 2050 serait désastreuse, écrit notre chroniqueur David Hiler. Situation et enjeux climatiques à six mois du sommet de Paris

Les pieds dans le plat

La transition énergétique ne peut attendre l’épuisement des énergies fossiles

La baisse du prix du pétrole aura certainement, si elle se prolonge, des conséquences géopolitiques considérables. Elle sera un nouveau facteur de déstabilisation pour des pays, souvent aux abois, qui sont dans l’incapacité de se mettre d’accord pour réduire leur production.

L’origine de cette baisse est connue: la production de pétrole de schiste nord-américaine a fortement accru l’offre (10% des volumes échangés). La demande en revanche stagne sous l’effet de la crise qui se prolonge et des mesures d’économies d’énergie.

La baisse du prix du pétrole réduit-elle les chances d’arriver à un accord international sur la réduction des émissions de carbone lors de la conférence de Paris? Ce n’est pas certain. Le pétrole n’est plus la première source de gaz carbonique atmosphérique (il n’est responsable que de 15% des émissions d’origine humaine) et a cédé sa place au charbon. Ainsi, la diminution des réserves de pétrole (le fameux peak oil) ne peut de toute façon pas être l’élément régulateur de l’émission de CO2.

La situation actuelle est à la fois très simple et paradoxale: l’utilisation de l’ensemble des réserves d’énergies fossiles exploitables d’ici à 2050 serait désastreuse. Des études récentes montrent que 60 à 80% des réserves exploitables ne devront pas être utilisées si l’on veut éviter le scénario catastrophe, soit une augmentation des températures moyennes supérieure à 3%.

Il faut donc réduire les émissions de CO2 tant que les énergies fossiles resteront surabondantes. Et c’est possible! L’incitation économique n’est pas la seule méthode, ni forcément d’ailleurs la plus juste socialement. Les normes sont souvent plus efficaces. Prenons deux exemples concrets.

En 2009, l’Union européenne a décidé de réduire les émissions moyennes de CO2 des voitures neuves à 130 g par kilomètre en 2015 et à 95 g en 2020. L’UE a ainsi réussi à réduire les émissions moyennes des voitures neuves de 17%. L’impact global va se renforcer au fur et à mesure du renouvellement du parc de véhicules. Ces normes engagent une spirale vertueuse: elles amènent les constructeurs à investir des sommes considérables pour réduire la consommation des véhicules qu’ils produisent.

La performance énergétique des bâtiments a également profité des progrès de la technologie et des savoir-faire. On peut aujourd’hui imposer la norme de base Minergie, comme le fait par exemple le canton de Genève, sans surcoût démesuré. Et dans ce domaine aussi, les normes peuvent devenir de plus en plus exigeantes. Bien sûr, les effets globaux sont forcément plus lents. Mais la transition énergétique est une bataille qui ne peut se gagner sur moins de trente ans!

Finalement, c’est peut-être de la Chine, «l’usine du monde» devenue le premier pays pollueur de la planète, que viennent les meilleures nouvelles. Bien qu’il se soit toujours refusé à prendre des engagements contraignants, Pékin a pris le chemin de la transition. En 2014, pour la première fois en un siècle, la production de charbon a diminué. La Chine compte la moitié de la surface installée dans le monde pour l’énergie solaire thermique. Elle est aussi le plus grand investisseur mondial dans les cleantechs.

Plus généralement, la situation a changé: les effets meurtriers et économiquement insupportables du dérèglement climatique sont de plus en plus évidents. Le fait qu’ils aient une origine humaine est de moins en moins contesté et les progrès technologiques sont impressionnants.

Le fait que les grandes sociétés énergétiques plaident aujourd’hui pour des conditions-cadres claires et prévisibles (donner un prix au carbone) est révélateur des risques qu’elles prennent en continuant à investir pour exploiter des ressources que les Etats pourraient contraindre (directement ou indirectement) à rester dans les profondeurs du sous-sol.

Si l’on peut garder quelques doutes sur l’issue du Sommet de Paris qui se tiendra en décembre prochain, c’est peut-être plus pour des raisons politiques. Le refus des Etats-Unis (paralysés par la politique intérieure) de prendre ses responsabilités dans le dossier climatique reste un gros handicap. En Europe, la crise économique renvoie la question climatique au second rang des préoccupations de l’opinion publique. Alors, les politiques hésitent – le revirement de certains partis en Suisse depuis que le franc s’est apprécié en est un excellent exemple. Pour le moment, la mobilisation reste faible. Espérons que l’automne sera chaud!

La situation actuelle est à la fois très simple et paradoxale: l’utilisation de l’ensemble des réserves d’énergies fossiles exploitables d’ici à 2050 serait désastreuse

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