Opinion

Transplantations d’organes: persona non grata, la Chine s’invite dans la cour des grands

De persona non grata, la Chine est devenue un hôte d’honneur du Congrès international sur le don d’organes, qui se tenait à Genève le week-end dernier. Pourtant, aucun contrôle externe ne peut attester de la fin des prélèvements sur des condamnées à mort, note Amnesty International

A l’occasion de la Journée européenne du don d’organes, le 9 septembre dernier, Swisstransplant et l’Office fédéral de la santé publique ont convié le public à Berne à une fête haute en couleurs pour le sensibiliser au manque chronique de dons d’organes. Durant cette même semaine se sont réunis à Genève près de 480 experts pour la 14e édition du Congrès international sur le don d’organes.

C’était l’occasion de partager des idées et des innovations tout en discutant des problèmes qui se posent: au manque de donneurs et donneuses s’ajoutent des pratiques contestables, comme celle du trafic d’organes. Il n’est ainsi pas rare que des pères de famille en Inde vendent un rein pour subvenir aux besoins de leur famille.

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La Chine, quant à elle, a longtemps été dénoncée par des organisations non gouvernementales et des scientifiques pour des actes guère plus louables: les prélèvements d’organes sur les condamnés à mort pour les transplantations.

En 2010, Amnesty International appelait publiquement six sociétés pharmaceutiques (dont Novartis et Roche) à exiger de la Chine des garanties que les organes utilisés pour des greffes proviennent de sources éthiques. Ces entreprises produisaient des médicaments anti-rejets et les testaient en Chine.

Engagement de Pékin

La communauté scientifique s’est d’ailleurs montrée longtemps réticente à accepter les publications des recherches chinoises dans ses revues. Les accusations de prélèvements d’organes sur les personnes exécutées, même constestées par les Chinois, ne pouvaient recevoir l’aval des chercheurs, selon la Société internationale de transplantation.

Cette année pourtant, la Chine a été bien présente au congrès de Genève. La raison du passage du statut de persona non grata à celui d’hôte d’honneur? L’ancien vice-ministre de la santé Huang Jiefu a fini par admettre en 2005 que 85-90% des organes (les chiffres varient) de personnes exécutées étaient utilisées pour des transplantations.

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La Chine s’est engagée ces dernières années à développer un nouveau système de registres de donneurs et promis de ne plus utiliser d’organes de condamnés à mort dès 2015. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a applaudi ces engagements. Tout irait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes? Le doute est hélas de rigueur.

Malgré les promesses de la Chine, il n’est toujours pas possible de disposer de statistiques transparentes sur les nouveaux registres de dons d’organes, et encore moins sur les statistiques qui concernent les condamnés à mort, car celles-ci relèvent du «secret d’Etat». Il est donc impossible d’assurer une véritable «traçabilité» des organes transplantés, comme le requièrent les Principes directeurs de l’OMS sur la transplantation d’organes humains. Et comment vérifier la mise en œuvre du programme si la Chine refuse un contrôle externe et indépendant?

L’OMS mise sur la Chine

L’OMS, tout comme la Société internationale de transplantation, mise maintenant sur l’engagement avec la Chine. Toutefois, un véritable dialogue ne pourra jamais taire les doutes sur des décennies de pratiques intolérables s’il n’est pas accompagné d’exigences concrètes et de transparence totale de la part des homologues chinois. Lors du congrès de Genève, à l’heure des questions après la présentation du représentant chinois, aucune voix critique ne s’est fait entendre.

Dans les coulisses, certains experts se montrent très critiques, mais ils n’osent pas s’exprimer publiquement. De peur de quoi? De perdre un partenaire dont le marché est trop important pour être négligé? Faut-il se taire et dérouler le tapis rouge sans attendre des garanties de transparence et d’accès à des données chiffrées précises?

De telles exigences sont pourtant un garant de qualité, essentiel à la communauté scientifique. Il y va de la crédibilité de tout un système qui, pour sauver des vies, ne doit jamais s’appuyer sur les dons d’organes prélevés sur les condamnés à mort. Les promesses ne suffisent pas. Seul un contrôle externe indépendant sera à même de rassurer.

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