Les augmentations de prix sont peu appréciées, et particulièrement impopulaires lorsqu’il s’agit des transports publics. Les nombreuses réactions reçues suite à l’annonce de la hausse des tarifs modérée de 1,2% liée au changement d’horaire ce mois de décembre ne font que le confirmer. L’Union des transports publics (UTP), qui fixe les tarifs du service direct, prend ces opinions au sérieux.

Les attentes de la clientèle revêtent une grande importance pour l’UTP et les diverses entreprises de transport qu’elle représente, des CFF aux Riederalp-Bahnen, des entreprises urbaines à Genève (TPG) aux chemins de fer d’Appenzell, du funiculaire Bienne-Macolin à la Société de navigation du lac de Lugano.

Et pourtant, la hausse tarifaire du 11 décembre ne sera pas la dernière. Ces augmentations ne sont pas une fin en soi, mais elles sont malheureusement inévitables pour garantir la qualité de l’offre.

Grâce à une offre de qualité étoffée en permanence, les TP ne cessent de croître. C’est ce qui en a fait une success story. Mais le succès ne se fait pas sans grands défis. Le réseau ferroviaire notamment doit être agrandi. Cet aménagement indispensable, auquel le Conseil fédéral aspire également, et à juste titre, avec le projet FAIF (Financement et aménagement de l’infrastructure ferroviaire), a son prix. Le Conseil fédéral a décidé que la clientèle des TP devrait également participer à ces coûts supplémentaires: le «financement par les usagers», à savoir l’augmentation du prix des sillons décidée par le Conseil fédéral, implique une hausse du prix des billets de 10%. En outre, les entreprises de transport doivent faire face à leurs propres besoins, comme l’acquisition de nouveau matériel roulant.

Or les entreprises de transport ne sont tout simplement pas en mesure d’amortir ces frais supplémentaires. Malgré un accroissement considérable de l’efficacité, un élément qui est pour moi essentiel, elles­ sont tout de même contraintes de reporter cette charge sur la clientèle, en augmentant les tarifs. En juillet dernier, l’UTP a calculé la hausse tarifaire cumulée en prenant en compte l’augmentation du prix des sillons décidée par le Conseil fédéral, les besoins des entreprises de TP et le renchérissement, qu’elle a estimée à plus de 20% (pour une période allant de 2013 à 2018).

On me demande souvent si la croissance des TP ne suffit pas à maîtriser ces coûts supplémentaires. Ce n’est malheureusement pas le cas. Je peux vous citer deux exemples qui le montrent: le coût par place assise, d’une part, qui est bien plus élevé pour les véhicules modernes que pour les anciens; l’augmentation des courses effectuées par les titulaires de titres de transport forfaitaires (abonnement général ou abonnement régional), d’autre part, qui entraîne un déficit si les tarifs ne sont pas adaptés en conséquence. Ainsi, refuser d’augmenter les tarifs sans vouloir en assumer les conséquences négatives n’est pas une mesure raisonnable et ne fait pas avancer les TP.

Grâce à FAIF, les clients des TP bénéficieront d’une offre de transport plus attrayante et plus dense, une plus-value considérable. Une hausse modérée et adéquate de leur contribution (financement par les usagers), se traduisant par une augmentation du prix des billets, est donc justifiée. Mais les adaptations qui en résultent sont importantes. Par ailleurs, une participation encore plus haute de la clientèle des TP, comme le suggèrent certaines organisations économiques invoquant le «principe du demandeur-payeur», est à exclure. Sinon, on peut s’attendre à un retour des clients des TP sur les routes, ce qui ne ferait qu’accroître les encombrements dans les agglomérations. Et cela ne profiterait ni à la Confédération, ni aux cantons, ni au trafic routier.

L’UTP ne voudrait perdre aucun client. Les mesures tarifaires nécessaires doivent être mises en œuvre avec tact et prudence. Je suis convaincu que l’on ne peut pas faire payer le même prix à tous les clients. Je trouverais cela injuste. C’est pourquoi l’UTP a chargé un groupe de travail d’étudier, dans un esprit ouvert et créatif, toutes les idées de futurs produits (abonnements, etc.) et d’adaptation des prix. L’UTP a pour objectif de satisfaire le plus grand nombre de clients possible.

Dans tous les cas, il est exclu de négocier les acquis des TP en Suisse: un billet «ordinaire» doit rester valable dans tous les trains et tous les bus. L’introduction d’une obligation de réservation n’est donc pas envisageable.

Les augmentations des tarifs ne vont pas sans compensation pour la clientèle. En effet, l’offre continuera de croître ces prochaines années: outre les gros chantiers comme le tunnel de base du Gothard, la ligne diamétrale de Zurich ou l’extension du réseau à Genève (CEVA), l’offre va s’intensifier, voire s’accélérer (par exemple Saint-Gall – Zurich), sur l’ensemble du territoire. Cette croissance se fera au niveau quantitatif, mais aussi qualitatif. Le matériel roulant des entreprises de chemin de fer et de bus, par exemple, sera renouvelé dans toute la Suisse. Les clients bénéficieront en outre de nouvelles prestations, comme le Wi-Fi gratuit dans les cars postaux. Le rayon de validité de l’abonnement général sera lui aussi étendu. Tout cela ne serait pas possible sans une adaptation des tarifs.

Une offre de TP de qualité, qui doit encore être développée dans l’intérêt de l’ensemble des clients, coûte de l’argent. Et il n’est pas réaliste d’envisager que la Confédération ou les cantons assument tous les frais supplémentaires occasionnés par l’entretien ou l’aménagement de l’infrastructure. Les hausses des tarifs des transports publics sont donc inévitables. En contrepartie, les clients bénéficient d’une offre de TP attrayante.

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