Opinion

Transports et service public en votation le 5 juin: les populismes contre le peuple

L’initiative «vache à lait» aurait des conséquences désastreuses pour les transports publics, dénonce Daniel Brélaz, syndic de Lausanne et conseiller national des Verts. L’initiative «Pour le service public» aurait aussi des effets néfastes

Rarement une votation fédérale a été aussi dense en propositions populistes avec des conséquences contraires aux intérêts de la population.

En matière de transports, l’intérêt de la population réside dans la complémentarité. Seuls 10% des automobilistes n’utilisent jamais les transports publics.

A l’abord des agglomérations, les bouchons proviennent de la densité des besoins et des habitants. Plus les transports publics sont efficaces, moins les bouchons sont importants. L’intérêt des automobilistes est directement lié à des transports publics efficaces.

L’initiative pour un soi-disant financement équitable des transports dite «vache à lait» a été lancée par Auto-Suisse (importateurs de voitures) et soutenue par les camionneurs de l’ASTAG. Elle vise à couper 1,5 milliard par an de recettes de l’impôt sur les carburants à l’unique profit de la route, supposée «vache à lait».

La «vache à lait» n’est qu’un slogan

Or, les taxes sur les carburants sont meilleur marché en Suisse que dans plus de vingt pays européens. Si l’on additionne les coûts de la route au niveau fédéral, cantonal et communal on arrive à un montant quasi identique (100 millions plus élevé) que les recettes prélevées auprès des usagers de la route aux trois niveaux. Quant aux coûts indirects, ils sont non couverts à hauteur de 5 milliards par an. La soi-disant «vache à lait» n’est donc qu’un slogan.

Le Fonds FORTA, en examen aux Chambres fédérales, vise à assurer un financement durable des routes et du trafic d’agglomération, il nécessitera un effort fédéral supplémentaire de 650 millions par an.

Dans ces montants, 200 millions seront consacrés chaque année aux projets d’agglomération, c’est-à-dire aussi aux transports publics et à la mobilité douce.

Un fonds qui permettra un jour de surbétonner la Suisse

Sur les 1500 millions réclamés par les importateurs de voitures, il y aura donc près d’un milliard par an qui devra être stocké dans un fonds permettant un jour de surbétonner la Suisse en routes et autoroutes, car inutiles par rapport à tous les projets connus aujourd’hui.

Quant au financement fédéral des fonds d’agglomération, il passera à la poubelle. Exit le financement de la deuxième partie du m3, de trams, de mobilité douce ou même du cofinancement routier de certains projets régionaux à financement cantonal ou communal.

Le résultat: davantage de bouchons, sauf peut-être si l’on rase les villes et encore, plus de voitures par déficience des transports publics et davantage de bénéfices pour les initiants (importateurs de voitures).

Les transports publics perdraient 150 millions par an

De plus, le 1,5 milliard d’argent perdu pour la caisse fédérale devrait être immédiatement compensé (frein aux dépenses).

Les transports publics perdraient 150 millions par an, la recherche et la formation 250 millions par an et l’agriculture 200 millions par an. Ce dernier «manque à gagner» provoquerait vraisemblablement l’abattage de troupeaux entiers de vraies «vaches à lait» victimes par ricochet d’une acceptation de l’initiative du même surnom.

Un autre populisme est proposé par l’initiative «pour un soi-disant service public». Cette initiative est tellement confuse dans sa rédaction qu’elle a réussi à faire l’unanimité des parlementaires contre elle. Mais son titre plaît, selon les sondages, à une majorité de la population. Elle est donc dangereuse.

Un dividende de 600 millions utile à l’équilibre des finances fédérales

Outre qu’elle ne définit pas le service public, elle aurait des conséquences lourdes. La Confédération est le principal actionnaire de Swisscom où la valeur de ses actions atteint 13 milliards de francs. Cet argent, appartenant au peuple suisse, rapporte un dividende d’environ 600 millions par an, dividende utile à l’équilibre des finances fédérales.

Selon l’initiative, la Confédération n’a droit à aucun bénéfice et donc à aucun dividende. Celui-ci devrait être redistribué aux autres actionnaires ou tout dividende étant interdit, la Confédération devrait-elle racheter les actions des minoritaires?

Une autre variante consisterait, pour garder le dividende, à vendre des actions jusqu’à ce que la Confédération devienne minoritaire (elle a aujourd’hui 51.2%) et perde le contrôle de l’entreprise car l’initiative ne s’applique qu’aux participations majoritaires.

Une privatisation de Swisscom comme conséquence?

Une privatisation de Swisscom comme application d’une initiative en faveur du service public pourrait aussi être une conséquence de l’acceptation d’un texte mal conçu et peu clair.

Cette initiative affirme aussi vouloir interdire les financements croisés. Cela signifie-t-il qu’il faudrait supprimer davantage de bureaux de poste car ce sous-secteur de la Poste est déficitaire? Ce n’est pas certain, mais un texte aussi mal fichu pourrait conduire à toutes les interprétations. Ce n’est pas pour rien que la FRC combat cette initiative théoriquement en faveur des consommateurs.

Ultime détail: 800 millions à compenser dans les transports publics, l’agriculture ou la recherche pour être conforme au frein à l’endettement.

L’intérêt du peuple consiste à dire NON aux populismes que ce soit celui de l’initiative pour un soi-disant financement équitable des transports ou celui de l’initiative soi-disant en faveur du service public.

Publicité