Charivari

Travail à la maison, le rêve ou le piège?

OPINION. Pratique et productif, le «home office» a la cote. Mais il comprend des risques. Notre chroniqueuse et, parfois, télétravailleuse, envisage la question

Gain de temps, pas de déplacement – donc faible empreinte écologique, la planète te dit merci – et productivité maximale, car peu ou pas de dérangement. Pour les employés qui ont une activité praticable hors de l’entreprise, le travail à la maison a tout d’une solution idéale. Et ce constat ne concerne pas que les travailleurs.

Une révolution

L’autre matin, au petit-déjeuner, mon fils ne semblait pas pressé d’assister à son cours à l’université. C’est que, me répond-il, «je vais l’écouter en ligne. Et comme je suis parti un long week-end avec des amis, je vais aussi pouvoir écouter celui que j’ai manqué, vendredi». Oui, à Genève, comme dans toutes les facs de Suisse et d’ailleurs, cinq minutes après la fin du cours en chaire, celui-ci est disponible sur le site de l’uni en version audio avec, en prime, des slides qui complètent l’enseignement. Pour notre génération qui, lorsqu’elle s’égayait dans les prés, piquait au retour les notes des étudiants zélés, c’est une révolution.

Par ces temps de grand froid, le télétravail ou home office a encore un autre avantage: rester au chaud, dans les plumes, et taper sur son clavier, bien calé, calée en l’occurrence, sur des oreillers… Sans oublier cette ultime et si précieuse vertu: pouvoir organiser sa journée à bien plaire et switcher les activités, au besoin, en toute fluidité. Que du bonheur, donc!

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Sauf que non. Le travail à la maison est génial, mais il a une faille. Il est linéaire et autocentré. Il manque méchamment de ruptures et de contradiction. En fait, il souffre simplement de l’absence des collègues et de tout ce qu’ils apportent comme éléments perturbants et nourrissants. Si, par hasard, à cause d’une suite de rendez-vous à Genève, j’enchaîne deux jours de travail à la maison, je suis comme dépeuplée au-dedans. Le Temps, c’est loin, c’est parfois bruyant, mais c’est mon clan. Un clan bourré de gens drôles et passionnants (petit hommage au passage).

«Loin des yeux, loin du cœur»

Et puis, et puis, disent certains observateurs: loin des yeux, loin du cœur. Il semblerait que, pour les chefs, un employé peu présent serait plus facile à renvoyer en cas de licenciement. Même s’il produit à 200%. Simple réflexe sympathique. Outch, les oreillers risquent alors d’être nettement moins douillets… Le télétravail semble une solution idéale, qui colle à l’époque et à la surpopulation de notre région? Oui, à condition qu’il ne devienne pas la solution radicale!


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