C’était entendu, les robots allaient détruire des centaines de milliers d’emplois en Suisse. En fait, la main-d’œuvre manque partout. Nous interrogeons ce défi de la robotisation de l’économie suisse par une série d’articles et dans notre format spécial.

Une hécatombe de l’emploi. Voilà ce que prédisaient, il y a quelques années, les sociétés de consultants les plus prestigieuses. Une arrivée massive de machines allait avaler des centaines de milliers d’emplois en Suisse. A l’heure où le taux de chômage suisse est au plus bas, où la pénurie de main-d’œuvre frappe presque tous les secteurs de l’économie, nous avons voulu comprendre ce qu’il s’est passé.

Toute la semaine, Le Temps vous propose une opération spéciale sur les robots. Enquêtes, reportages et interviews sur ces machines, objets de nombreux fantasmes. Car si les sombres prédictions ne se sont donc pas réalisées, les robots se sont bel et bien immiscés dans de nombreuses industries et ont bouleversé les façons de travailler.

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Splendeurs et misères de l'automatisation

Mais cela ne s’est pas toujours fait au détriment des travailleurs. Souvent, les robots arrivent plutôt trop lentement que trop rapidement: là où plus personne ne veut faire – ou même ne devrait faire – certaines tâches basiques ou pénibles, ils sont attendus avec impatience. Tout comme ils manquent à l’appel pour se charger d’opérations plus délicates à la place de spécialistes inexistants ou extrêmement rares. C’est aussi d’eux que nous avons besoin pour garder des emplois dans le pays: alors que les prix de l’énergie s’envolent, que les coûts sont élevés en Suisse, une production ne serait plus possible sans ces machines.

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Bien sûr, l’automatisation fait des dégâts. Comme toute transformation de grande ampleur, elle embarque avec elle beaucoup de gens mais laisse aussi sur le carreau ceux pour qui l’adaptation n’a pas été possible. De nombreux employés nous ont raconté leur requalification réussie et leur travail devenu moins dur, plus intéressant. D’autres témoignent de l’impossibilité de retrouver leur place dans ce monde du travail où les machines les ont remplacés. Les entreprises ont une responsabilité de ne pas les laisser tomber. C’est aussi parce qu’il existe des filets de protection que l’automatisation en Suisse ne fait pas les ravages observés ailleurs, à commencer par les Etats-Unis.

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Alors que la robotisation progresse, il faut rester sur nos gardes tout en modérant ou repoussant à plus tard nos craintes existentielles. Malgré des progrès souvent éblouissants, les machines ne savent de loin pas tout faire. Elles sont encore incapables de réaliser certaines tâches qui sont d’une simplicité confondante pour l’humain. Ces robots que nous croisons régulièrement, les chatbots, en sont l’exemple: on a tous été confrontés à leurs limites, parfois exaspérantes. Plus que de les craindre, nous avons besoin, pour l’instant, des progrès qu’ils apportent à notre économie pour tenir le choc face aux défis. Et, paradoxalement, pour garder les emplois.