Une croissance mondiale à plus de 3,5% et un chômage en net recul, parfois à des niveaux proches de plus bas historiques. Près de dix ans après la crise financière, les bonnes nouvelles s’accumulent sur le front économique. Mais les salaires n’ont pas profité de cette embellie. C’est le prix à payer de l’économie du «plus pour moins», en tout cas pour l’instant.

Lire aussi: Le chômage revient à son niveau d’avant la crise

En théorie, les salaires augmentent lorsque l’emploi progresse, car les employés peuvent mieux négocier leur rémunération lorsque les opportunités sont plus nombreuses. Mais ce lien fort et historiquement assez stable est l’une des victimes de la nouvelle économie. L’émergence des Uber, Amazon et autres Deliveroo a fait exploser le recours au travail sur appel, aux postes à temps partiel, tout en révolutionnant le statut des employés: les conducteurs d’un service de partage de voiture ne sont pas ses employés, mais des fournisseurs indépendants.

Les conséquences sur le niveau des salaires sont directes. Moins regroupés, les travailleurs ont perdu du pouvoir de négociation face à leurs «employeurs». Les rémunérations dépendant de la quantité de travail fournie par les indépendants, ceux-ci ont tout intérêt à multiplier les heures et à conserver le lien de subordination avec l’entreprise qui les met en contact avec les clients. Il n’empêche: la plupart des travailleurs de l’économie numérique gagnent moins de 500 dollars par mois, selon des chiffres de la start-up Earnest.

La 4e révolution industrielle a créé de nouveaux services et permis le retour sur le marché du travail de quantité d’inactifs devenus auto-entrepreneurs. Mais sans garantie concernant le confort, la sécurité du travail ou le niveau de rémunération.

Surtout, les entreprises de l’économie 4.0 doivent créer leur marché et écarter leurs concurrents pour s’imposer. Dans cette concurrence féroce, le prix de leur service est déterminant. Il sera maintenu d’autant plus bas que la rémunération des indépendants et le paiement des impôts seront réduits au minimum. Une fois leur domination acquise, rien ne dit que les futurs gagnants se montreront soudain plus généreux envers ceux qui, sur le terrain, auront contribué à leur succès.

Plusieurs gouvernements ont tenté d’encadrer cette nouvelle économie, notamment en France et en Grande-Bretagne. Mais leur pouvoir est limité: ils agiront toujours a posteriori et face à des acteurs globalisés, capables de déplacer leurs profits là où ils seront le moins taxés.

La force des acteurs de la nouvelle économie tient finalement à une proposition simple: ils vendent du «plus pour moins» – davantage de biens ou services pour moins cher, et le plus souvent, immédiatement. Leurs pseudo-employés en paient jusqu’à présent le prix. Ironique, dans une économie dite du partage.

Lire également notre interview: Steven Tobin: «Nous sommes préoccupés par la précarité des nouveaux emplois»