Avez-vous encore un emploi? Alors que le taux de chômage affiche un plus bas historique en Suisse et que la guerre des talents fait rage, cette entrée en matière paraît totalement saugrenue. Et pourtant, en 2016, des oracles finalement peu inspirés désignaient cette question comme incontournable à l’horizon 2020, annonçant qu’automatisation et numérisation allaient renvoyer à la maison des millions de personnes dans le monde, créant une saignée sans précédent sur le marché du travail.

C’est au milieu d’une imprévisible pandémie que la date fatidique articulée par le rapport «The Future of Jobs» a été franchie, une raison de plus pour placer les fourmis ouvrières sous pression. Un tout autre scénario s’est toutefois dessiné: une pénurie de bras et de cerveaux qui n’avait plus été observée depuis les Trente Glorieuses (1950-1980). Elle est notamment alimentée par le départ à la retraite de la nombreuse génération des baby-boomers.

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Avec en toile de fond une inflation qui atteint des niveaux inédits dans le présent siècle, un boulevard semble donc s’ouvrir aux syndicats qui ont dû se contenter de miettes lors des négociations salariales depuis la crise financière de 2008. Ce 8 août, Travail.Suisse a enfin chiffré ses revendications: l’organisation syndicale exige des hausses comprises entre 3 et 5% selon les secteurs, mettant par exemple en avant ceux de la santé et de la grande distribution.

Marges des PME érodées

Mais attention, la situation est bien moins limpide qu’il n’y paraît, ne serait-ce que parce qu’une partie des hausses de prix ne découlent pas de la reprise post-covid mais de l’explosion des cours des matières premières. Derrière les bénéfices mirobolants des géants économiques que sont Nestlé, Roche ou Richemont se cachent qui plus est des milliers de PME qui ont vu ces dernières années leurs marges s’éroder sous l’effet de la concurrence internationale.

C’est aussi leurs intérêts que les partenaires sociaux devront prendre en compte dans des pourparlers qui verront chaque centième âprement discuté. Quelles que soient les concessions qui en résulteront, le rapport de force entre entreprises et travailleurs s’est d’ores et déjà sérieusement rééquilibré. Si la situation géopolitique ne vient pas bouleverser cette nouvelle réalité, rien n’empêchera un employé de faire jouer la loi de l’offre et de la demande et de changer de travail s’il s’estime insuffisamment rémunéré. Il aurait tort de se gêner car il ne faut pas oublier que cette situation pourrait également sur le long terme accélérer la révolution robotique qui se fait attendre. En d’autres termes, fragiliser à nouveau certains corps de métier.