Un nouvel épisode s’ajoute à l’interminable saga de la traversée routière de la rade genevoise, envasée depuis des lustres dans les dédales étatico-politiques. Son avatar moderne, la traversée autoroutière du lac, fait l’objet d’une étude financée par le secteur privé, démontrant qu’un partenariat public-privé (PPP) serait réalisable.

L’étude a des mérites. Elle identifie un nouveau tracé possible, aboutissant en France, et une méthode de construction délaissée jusqu’ici: un tunnel foré. Elle détaille surtout comment le privé pourrait relayer l’Etat dans le financement d’un ouvrage onéreux, avant d’obtenir un retour sur investissement. Ces réponses sont éclairantes, cruciales car un PPP apparaît comme la seule issue pour tous ceux à Genève qui jugent que la traversée ne peut pas attendre 2030, date la plus optimiste au vu du calendrier fédéral.

Mais ces réponses ouvrent de nouvelles questions. Un PPP n’est pas un acte de mécénat et, au final, la population réglera la note. Si elle doit le faire comme usager, par un péage, la traversée n’assurera plus que dans une moindre mesure l’une de ses tâches cardinales, à savoir délester le centre-ville d’un trafic indigeste. L’autre option prendrait la forme d’un loyer versé à l’investisseur par la collectivité. Berne paiera-t-il? La situation excentrée de Genève ne l’aidera pas à trouver des alliés sous la Coupole pour voter un financement fédéral. Quant au canton, ses rentrées fiscales ne vont pas vers une période de vaches grasses, bien au contraire. Tout ne pouvant pas être financé, Genève devra aussi déterminer si sa priorité doit aller à la route ou à une poursuite du rattrapage de son retard ferroviaire.

L’écueil du financement reste donc lancinant. Et sur le plan politique, le PPP ne résout pas le nœud gordien du projet: une schizophrénie si genevoise. La traversée trouvera un maximum de supporters dans la cossue région Arve-et-Lac, qui estomperait son relatif enclavement. Mais c’est aussi là que se manifesteront les plus farouches rejets, liés aux nuisances induites et au corollaire d’une autoroute: l’urbanisation d’une zone jusqu’ici préservée. A nouveau, à désirer les bénéfices de la croissance tout en en refusant le prix, Genève risque de tout rater.

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